A Calcutta, avec les « intellos révolutionnaires » d’une ville obsédée de politique


« Vive la révolution ! » Au crépuscule d’une journée caniculaire de mai, dans un quartier du nord de Calcutta, un petit groupe de jeunes gens vient de déployer, sur une scène improvisée, force drapeaux rouges et autres bannières frappées de la faucille et du marteau. Un guitariste, trois chanteuses et une demi-douzaine d’acteurs militants engagée pour une performance de théâtre de rue : l’exercice consiste à vociférer de fiers slogans insurrectionnels et vouer aux gémonies, en quelques saynètes bien senties, le premier ministre indien Narendra Modi, son nationalisme, sa « mégalomanie », sa dérive « fascisante ». L’assistance, tout acquise aux « révolutionnaires » dans ce quartier de la petite classe moyenne, s’esclaffe et applaudit.

« Je suis un metteur en scène dont toute l’énergie consiste à soutenir la cause du peuple par le théâtre, la cause qui promet l’instruction des enfants pauvres, la bataille contre le chômage, la réindustrialisation », insiste Shaikot Ghosh, 38 ans. La petite troupe n’est composée que d’amateurs, tous membres du Parti communiste indien, le CPI-M. « J’ai monté la pièce à toute vitesse, pour être prêt durant la campagne électorale », se félicite Shaikot qui tente de se remettre de ses efforts en grillant cigarette sur cigarette et en arrosant son succès populaire de généreuses rasades de whisky.

Alors que les Indiens se rendent aux urnes dans le cadre des élections législatives d’avril-mai, les militants du Parti communiste s’agitent dans l’Etat du Bengale-Occidental, devenu au fil des ans une sorte d’« îlot » de résistance contre les nationalistes hindous installés au pouvoir à New Delhi. Mais les pronostics des élections législatives vont en faveur de l’omniprésent – et apparemment indéboulonnable – M. Modi qui, à 73 ans, brigue un troisième mandat après dix années aux affaires.

A Calcutta, ce soir-là, le chef du gouvernement en prend pour son grade : acteurs et actrices font de leur mieux pour ridiculiser au maximum le premier ministre, saupoudrant leur prestation de pesante rhétorique marxiste-léniniste. « Alors, comme ça, on va dans la Lune ? », claironne un des acteurs, allusion à la mission réussie de la sonde spatiale indienne Chandrayaan-3, qui a aluni le 23 août 2023, et dont le succès a fait s’enorgueillir M. Modi et ses partisans. « Il aurait été préférable de donner des roti [galettes] aux gens des bidonvilles ! », grince un autre acteur. Le chœur reprend ensuite d’un même souffle un chant où il est question des victoires des « volontaires rouges » au service des masses populaires.

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