A Marseille, cinquante jours de grève pour les femmes de chambre d’un hôtel de standing


Des femmes de chambre en grève, rassemblées devant l'hôtel Radisson Blu, à Marseille, le 3 juin 2024.

Ce matin-là, le concert de casseroles a commencé à 9 h 30. Sur le Vieux-Port, une dizaine de femmes de chambre employées à l’hôtel Radisson Blu viennent de déployer leur piquet de grève devant la porte à tambour. La terrasse où les clients de cet établissement quatre étoiles prenaient leur petit déjeuner s’est immédiatement vidée. Et les arrivants, traînant leurs valises à roulettes, contournent banderoles et sono pour aller s’enregistrer. Jeudi 11 juillet, les salariées de la société Acqua, filiale du groupe Accelis, spécialisée dans la propreté et sous-traitante du Radisson, auront cessé le travail depuis cinquante jours. « Ce n’est pas maintenant qu’on va lâcher », martèle Ansmina Houmadi, 31 ans, déléguée du personnel et femme de chambre dans l’établissement depuis cinq ans.

Le mouvement a commencé le 24 mai, à la veille d’un week-end très chargé. Le départ d’une gouvernante – salariée qui assure l’encadrement – appréciée par la vingtaine de femmes de chambre qui se relaient dans l’hôtel, a provoqué un déclic. « Depuis plusieurs mois, on était quelques-unes à vouloir faire grève. On s’est dit que c’était le moment de mettre toutes nos revendications sur la table », explique Christina, 34 ans, une des anciennes du site, qui, comme la plupart de ses collègues, ne souhaite pas donner son nom. Près de deux mois plus tard, elles sont quatorze sur vingt-trois à tenir le conflit.

Alors que le tourisme explose dans la ville, et que cet établissement quatre étoiles idéalement situé affiche complet avec des chambres dont le tarif oscille entre 270 et 600 euros, les salariées d’Acqua se disent « déconsidérées » et revendiquent un meilleur statut. « On a des contrats de cinq ou six heures par jour. On attaque à 9 heures, 9 h 30, le week-end. On doit nettoyer dix chambres, les salles de bains, les toilettes, remplir le minibar… On dépasse presque quotidiennement les horaires, ce qui fait qu’on ne peut pas chercher un autre job », détaille Ansmina Houmadi.

La peur « d’être licenciée, de perdre sa carte de séjour »

A leur employeur, qui gère le ménage dans plusieurs autres hôtels marseillais, les femmes de chambre du Radisson Blu ont fait parvenir, fin mai, leurs demandes. Un treizième mois, à l’image de ce que d’autres salariées de l’entreprise ont obtenu dans un conflit social antérieur à l’hôtel AC Marriott Vélodrome. Une prime de pénibilité estivale de 600 euros – « parce qu’en été, avec la présence de familles, les chambres sont plus longues à nettoyer », expliquent-elles. Un passage pour toutes au statut d’agente qualifiée de services 2 dans la grille de la convention collective de la propreté… Soit 11 centimes d’euro de mieux sur leur tarif horaire, à 12,41 euros brut. Enfin, la disparition de la clause de mobilité, qui permet à leur encadrement de les envoyer sans préavis dans un autre hôtel à court de personnel.

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