A Rome, piste aux étoiles européennes pour Tamberi, Bol et Warholm, un avant-goût de Paris 2024


Gianmarco Tamberi a été sacré champion d’Europe du saut en hauteur, le 11 juin 2024 à Rome.

En attendant la représentation du perchiste « Mondo » Duplantis en clou du spectacle, le lendemain, les spectateurs du grand chapiteau romain ont assisté, mardi 11 juin, à de grands numéros. L’immense Stade olympique de la capitale italienne – qui n’a jamais été aussi garni depuis le début de la compétition – avait des allures de piste aux étoiles, en présence du président démocrate-chrétien de la République italienne, Sergio Mattarella.

En l’honneur de l’homme d’État, l’hymne « Fratelli d’italia » a été joué pour la première fois dans l’enceinte du stade. A moins qu’il ne l’ait été en vérité pour Gianmarco Tamberi. Dans le rôle de vedette, voici le showman local, le chouchou des tifosi, l’excentrique sauteur en hauteur qui s’y prend comme personne pour chauffer les foules.

L’Italien a remporté une septième médaille d’or en grands championnats en carrière. Le champion d’Europe, champion olympique et champion du monde en titre, a bataillé lors du concours de saut en hauteur face à l’Ukrainien Vladyslav Lavskyy. Après avoir franchi 2,29 m au troisième essai, il s’est imposé en sautant finalement 2,31 m. Pour le plaisir de tous, il a effacé 2,34 m, puis 2,37 m, battant au passage le record des championnats.

A son arrivée de rock star, sur l’air de « volare », la foule a vrombi. Théâtral, Gianmarco Tamberi balance son sac à dos, salue la Curva sud, effectue une révérence, puis tape du poing sur son cœur. Pantin désarticulé qui s’anime subitement, « Gimbo » arbore son style unique : suivant qu’on l’observe de la droite ou de la gauche, on le voit visage rasé à blanc ou la barbe finement taillée, tel un personnage de la Comedia dell’arte aux deux visages.

Après sa qualification aisée en finale – en un seul saut à 2,21 m –, il avait déjà harangué le public : « L’équipe italienne est en train de faire de la magie sur le terrain. Nous avons besoin de vos encouragements et de votre soutien, venez vous amuser avec nous ! » Il a été entendu.

Léger et acrobatique, le capitaine de l’équipe d’Italie a fait chavirer le public romain. Il est l’artiste numéro 1 d’un athlétisme italien remonté comme jamais depuis ses cinq médailles d’or olympiques à Tokyo en 2021. A domicile et avant la dernière journée, les Italiens caracolent en tête du classement fort de 20 médailles dont 10 en or.

Karsten Warholm sans concurrent sur le continent

À côté du sautoir, autel dédié à l’omniprésent Tamberi, la piste a été le territoire de deux phénomènes du tour de piste avec obstacles. Comme l’Italien, qui aura l’honneur de porter le drapeau transalpin lors de la cérémonie d’ouverture des JO 2024, ces deux champions européens seront au rendez-vous du Stade de France cet été. Pas pour y faire de la figuration, mais pour tenir le haut de l’affiche.

En première partie, un recordman du monde s’est promené, sans avoir à forcer son talent pour triompher (en 46 s 99). A 28 ans, le Norvégien Karsten Warholm est triple champion du monde et champion olympique du 400 mètres haies. Ses concurrents sont brésilien (Alison Dos Santos), américain (Rai Benjamin) et des îles Vierges (Kyron McMaster). En Europe, son dauphin, Alessandro Sibilio, a été relégué en arrière-plan – tout en ayant battu le record d’Italie (en 47 s 50).

Karsten Warholm, le 11 juin 2024, sur le 400 mètres haies des championnats d’Europe de Rome.

Impressionnant en série lundi, le natif de la petite île de Hareidlandet, au milieu d’un fjord à 500 kilomètres d’Oslo, avait déjà été déconcertant de facilité, relâchant son effort à 60 mètres de la ligne d’arrivée. A Paris d’ici un mois et demi environ, le Norvégien, décathlonien de formation, retrouvera ses meilleurs rivaux Rai Benjamin et Alison Dos Santos, pour se surpasser et qui sait offrir un nouveau record du monde au public olympique (45 secondes 94 à battre). Un record du monde qui pourrait aussi tomber lors de la variante féminine du 400 mètres haies.

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Si le chrono s’affole en août prochain à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la Néerlandaise Femke Bol n’y sera certainement pas étrangère, soit comme protagoniste, soit comme rivale qui pousse dans ses retranchements la détentrice actuelle, l’Américaine Sydney McLaughlin-Levrone. Mais Bol, championne du monde 2023 en plein air et 2024 en salle, rêvera avant tout de conquérir l’or olympique, elle qui avait terminé troisième en 2021 à Tokyo.

Mardi à Rome, elle était la seule tête d’affiche de ce récital européen à n’avoir jamais goûté à ce privilège olympique ultime. Avant Paris 2024, où sa tâche sera ardue face à la concurrence et le retour en forme de McLaughlin-Levrone, elle a remporté son troisième titre européen en individuel, après son doublé 400 m – 400 m haies en 2022 à Munich.

Femke Bol a remporté l’or sur le 400 mètres haies.

Elle a largement décroché la concurrence, s’imposant en 52 s 49, record des championnats. La Française Louise Maraval a pris une encourageante deuxième place, améliorant son record (54 s 23), devant une autre Néerlandaise Cathelijn Peeters. Une soirée que Femke Bol aspirera à rééditer à Paris, quelques mois après avoir battu à Glasgow (et en l’absence de Sydney McLaughlin-Levrone) le record du monde en salle (en 49 s 17).

Louise Maraval s’offre une médaille d’argent, Thomas Gogois et Hélène Parisot en bronze

Au 400 mètres haies, il y a Femke Bol et les autres. Mais parmi les autres, la Française Louise Maraval a été la plus rapide. A 22 ans, la hurdleuse a une deuxième fois amélioré, mardi 11 juin, son record personnel en finale des championnats d’Europe, au Stade olympique de Rome.

En 54 s 23, la voilà deuxième meilleure coureuse européenne, derrière l’intouchable Bol mais devant une autre Batave, Cathelijn Peeters. La Tricolore devance aussi des bonnes spécialistes comme la Tchèque Nikoleta Jichova ou l’Italienne Ayomide Folorunso. Déjà qualifiée pour les Jeux olympiques, Maraval avait remporté la première demi-finale lundi, battant déjà son meilleur temps.

A son dernier essai au triple saut, Thomas Gogois a, lui, décroché une inattendue médaille de bronze, en battant son record personnel, avec 17,38 m. Il réussit au passage les minima pour Paris 2024 (fixés à 17,22 m). A Rome, le Français est devancé par deux extraterrestres de sa discipline : l’Espagnol Jordan Alejandro Diaz Fortun (18,18 m) et le Portuguais Pedro Richardo (18,02 m) qui se sont livrés un duel haletant en finale.

Et en clôture d’une nouvelle soirée clinquante pour les Bleus (désormais 13 médailles, 4 en or, 7 en argent et 3 en bronze), la sprinteuse Hélène Parisot a pris la troisième place de la finale du 200 mètres. La Française a battu son record personnel, en 22 s 63, tout proche des minima olympiques (22 s 57).

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