Au Brésil, l’autorité du président Lula défiée par la droite


Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, au palais Itamaraty, à Brasilia, le 3 juin 2024.

Le changement n’a échappé à personne à Brasilia : Luiz Inacio Lula da Silva a drastiquement diminué ses excursions à l’étranger. Depuis le début de l’année, le président brésilien n’a effectué que trois déplacements internationaux, pour l’essentiel en Amérique latine, contre six voyages sur trois continents pour la même période en 2023. Confronté à de fortes difficultés politiques à domicile, le leader de gauche s’est résigné à rester au Brésil pour tenter de raffermir son pouvoir ébranlé.

Officiellement, tout semble pourtant sourire au chef du Parti des travailleurs (PT), revenu aux responsabilités en janvier 2023. Le taux de chômage, tombé à 7,5 %, est au plus bas depuis dix ans. Le Brésil a enregistré au premier trimestre une croissance de 0,8 % de son produit intérieur brut, supérieure aux prévisions des économistes. La déforestation en Amazonie est en chute et le pays a retrouvé sa place sur la scène internationale. Il préside actuellement le G20.

Mais l’opinion publique ne semble pas tenir compte de ces bons résultats. Selon un sondage publié par l’institut PoderData le 29 mai, une majorité de Brésiliens désapprouvent désormais l’action du gouvernement Lula (47 % d’opinion défavorable contre 45 % favorable) : une première depuis le début du mandat. Et 41 % des électeurs jugent la politique de l’exécutif « pire » que celle de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2023), contre seulement 38 % qui l’estiment « meilleure ».

Contraint de s’allier avec la droite

« Il y a une certaine déconnexion entre l’opinion et les performances du gouvernement, à l’image des Etats-Unis, où Joe Biden, malgré de solides résultats en économie, n’est par pour autant très populaire », analyse Carlos Pereira, politiste à la Fondation Getulio Vargas. Un an et demi après son retour aux affaires, le président de gauche est toujours à la recherche d’une majorité solide.

« Lula a bâti une coalition “Frankenstein” formée par quatorze partis très hétérogènes et sans projet commun », poursuit M. Pereira. Celle-ci va des élus communistes jusqu’à la droite très conservatrice du Parti populaire (PP), la formation du président de la Chambre des députés, Arthur Lira, ancien allié de poids de M. Bolsonaro. « Pour les électeurs, il est très difficile de comprendre quelle est la ligne du pouvoir », conclut le chercheur.

Contraint et forcé, Lula a fait entrer en septembre 2023 deux ministres de droite dans son gouvernement, issus du PP et du parti Republicanos. Mais cela n’a pas suffi à lui garantir la large majorité tant espérée. Au Congrès, les députés issus des deux formations concernées mêlent régulièrement leurs voix à celle de l’opposition. Ces dernières semaines, le président a été mis en minorité à plusieurs reprises et a collectionné les déroutes parlementaires.

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