Au procès de l’évasion de Redoine Faïd, l’embarrassante inertie de l’administration pénitentiaire


Devant la salle d’audience, le jour de l’ouverture du procès de l’évasion du braqueur Redoine Faïd en 2018, au Palais de justice de Paris, le 5 septembre 2023.

Le courrier électronique date du 3 mai 2018. Objet : « Demande de transfert concernant la personne détenue FAID Redoine ». Son auteur, Eric Vallet, haut gradé de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris (DISP), qui chapeaute toutes les prisons d’Ile-de-France, est inquiet. Il vient de recevoir des nouvelles préoccupantes du directeur du centre de détention de Réau (Seine-et-Marne), où le braqueur multirécidiviste est enfermé depuis six mois.

Depuis son arrivée, Redoine Faïd, placé à l’isolement et soumis à un régime carcéral strict, se comporte en détenu modèle : poli, agréable, aucun incident à signaler. Mais les surveillants notent qu’il observe attentivement leurs gestes, tente de les séduire, scrute l’environnement, s’intéresse à la configuration des lieux, connaît par cœur l’emplacement et les angles morts des caméras. Autant de signaux qui, chez quelqu’un qui s’est évadé une première fois cinq ans plus tôt, indiquent un désir de récidive, selon Eric Vallet, qui alerte sa hiérarchie.

« Actuellement, la personne détenue FAID Redoine est trop calme, trop gentille, trop respectueuse, écrit-il alors à la direction de l’administration pénitentiaire (DAP). Mais, en parallèle, elle a déjà repéré toutes les failles de la structure et elle la connaît trop bien maintenant !!! Nous savons par expérience que celle-ci est extrêmement dangereuse et que c’est juste une question de temps, que seule elle connaît, pour tenter une évasion qui sera extrêmement violente [et] où nos personnels seront fortement exposés. »

Eric Vallet exhorte donc la DAP à transférer « sans délai » le détenu dans un autre établissement, et conclut : « La DISP insiste auprès de la DAP pour que cette demande soit réellement entendue et traitée avec célérité. » En vain. Ça n’était, effectivement, qu’une « question de temps » : moins de deux mois plus tard, le 1er juillet 2018, Redoine Faïd s’envolera à bord d’un hélicoptère depuis la cour d’honneur de la prison de Réau.

« Aucune réponse »

L’autopsie de cette évasion spectaculaire par la cour d’assises de Paris suit son cours : Redoine Faïd et son frère Rachid qui, selon les enquêteurs, est venu le chercher au parloir en franchissant quatre portes à coups de meuleuse thermique, seront interrogés à partir de mardi. S’ils acceptent de s’expliquer, peut-être comprendra-t-on ce qui a permis l’évasion de l’un des détenus les plus surveillés de France.

En attendant, on a déjà compris, jeudi 14 septembre, ce qui ne l’avait pas empêchée : l’administration pénitentiaire elle-même, qui ne pourra pourtant pas dire qu’elle n’avait pas été prévenue. Dans l’extraordinaire concours de circonstances ayant abouti à cette évasion, le plus extraordinaire est peut-être qu’elle était totalement annoncée.

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