Au Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, la rupture à pas comptés


Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à Abuja, au Nigeria, lors du dîner de clôture du sommet ordinaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le 7 juillet 2024.

« Moi, je veux apporter la rupture », déclarait au Monde Bassirou Diomaye Faye, alors candidat antisystème de 44 ans, le 19 mars, cinq jours après sa sortie de prison et autant de jours avant d’être élu dès le premier tour de la présidentielle sénégalaise.

Cent jours après son investiture, le 2 avril, l’ancien opposant quasi inconnu des Sénégalais n’a pas fait table rase du passé, comme l’espéraient ses partisans, mais imprime cette rupture à pas comptés, soucieux d’apaiser un pays endeuillé par trois années de répression, y compris judiciaire, menée par le régime précédent.

Rien ne prédisposait cet inspecteur des impôts calme et discret issu d’un milieu rural modeste à accéder au pouvoir par les urnes. Lui, le plan B du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) à cette élection désigné après la disqualification de son chef et mentor, le charismatique Ousmane Sonko.

« Qui est le pilote dans l’avion ? »

« Diomaye mooy Sonko » (« Diomaye, c’est Sonko » en wolof), clamaient les partisans du Pastef lors de leur campagne électorale éclair. Cent jours après, le slogan a vécu, et le duo au pouvoir intrigue au point qu’un éditorialiste sénégalais se demande « qui est le pilote dans l’avion ».

Les deux hommes, amis depuis dix ans, militants panafricanistes et syndicalistes de la haute fonction publique ne se quittent plus depuis l’entrée en fonction de M. Faye. Au lendemain de son investiture, le président sénégalais nomme Ousmane Sonko chef du gouvernement. Quand le premier est quasi absent de la scène intérieure, le second y est omniprésent.

« Leur duo est un renversement complet du pouvoir au Sénégal, le signe d’une rupture notable avec le régime précédent », avance Alioune Tine à la tête du cercle de réflexion Afrikajom Center. « Avant, notre pays était dirigé par un hyperprésident et un premier ministre fantoche, résume celui qui fut médiateur entre Macky Sall et les nouveaux dirigeants, hier opposants embastillés durant plusieurs mois avant l’élection présidentielle du 24 mars. Aujourd’hui, on a un hyperpremier ministre qui s’agite et gouverne et un président qui n’arrive pas encore à trouver un espace. » « C’est la fin de l’hyperprésidentialisme, abonde Babacar Ndiaye, analyste politique à Wathi, laboratoire d’idées citoyen basé à Dakar. Ils essaient d’imprimer un style différent » de celui de leurs prédécesseurs.

Au chef de l’Etat incombe la mission d’incarner une politique étrangère plus africaniste, comme promis dans son programme électoral, et de paraître moins tenu à la relation historique avec l’ancienne puissance coloniale, la France. Quand son prédécesseur Macky Sall avait mis deux semaines et demie pour aller à Paris et demander une aide budgétaire de 130 millions d’euros, le président Faye, lui, ne s’est rendu à l’Elysée que deux mois et demi plus tard et seulement après avoir réalisé des visites dans neuf pays africains.

Il vous reste 62.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lien des sources