Au Venezuela, arrestation d’une figure de la société civile


L’activiste vénézuélienne Rocio San Miguel dirige une organisation privée axée sur les questions de sécurité nationale et de défense. A Caracas, au Venezuela, le 14 septembre 2011.

Le tweet du procureur général du Venezuela Tarek William Saab est tombé lundi 12 février dans la soirée : Rocio San Miguel est accusée de « trahison de la patrie, conspiration, terrorisme et association de malfaiteurs, entre autres ». Militante des droits de l’homme et spécialiste des questions militaires, Mme San Miguel avait été arrêtée vendredi 9 février à l’aube, à l’aéroport Simon Bolivar de Caracas, alors qu’elle s’apprêtait à prendre un avion pour Miami en compagnie de sa fille Miranda Diaz. Le procureur précise qu’il demandera au tribunal antiterroriste de Caracas de placer Mme San Miguel en détention provisoire. « Cette affaire complètement démesurée est inattendue », a réagi Juan Gonzalez, l’un des avocats de Mme San Miguel à la lecture du message du procureur.

Juriste de formation, fondatrice et présidente de l’organisation Control Ciudadano (« contrôle citoyen »), Rocio San Miguel, 57 ans, est une figure reconnue de la société civile vénézuélienne proche de l’opposition. Dénonçant l’opacité et la corruption qui règnent dans les forces armées, elle est souvent citée par la presse internationale. « Mais cela fait des années qu’elle travaille sur ces sujets sans problème, si ce n’est la crainte très largement partagée de la persécution politique », note Me Gonzalez.

Mme San Miguel faisait depuis 2012 l’objet de mesures de protection de la part de la Cour interaméricaine de justice, en raison des menaces à répétition dont elle a été victime. « Elle était une des figures les plus vilipendées dans les médias publics, rappelle Lexys Rendon de l’organisation LabPaz. Diosdado Cabello s’en prenait très souvent à elle à l’occasion de son programme hebdomadaire de télévision. » Ancien militaire, aujourd’hui vice-président du Parti socialiste unifié, M. Cabello est perçu comme un des hommes forts du pouvoir en place.

Vive émotion

Pendant près de quatre jours, les avocats de Rocio San Miguel ont tenté, en vain, d’obtenir des informations sur les raisons, le lieu et les conditions de sa détention. Dès dimanche matin, les défenseurs des droits humains dénonçaient l’arrestation arbitraire et la disparition forcée de la militante. Amnesty international et plus de 200 organisations sociales vénézuéliennes exigent sa libération immédiate. La Commission interaméricaine des droits de l’homme et Washington ont eux aussi manifesté leur préoccupation. Mme San Miguel a la double nationalité vénézuélienne et espagnole.

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Sa détention n’a été officiellement confirmée que dimanche soir. M. Saab précisait alors que Rocio San Miguel est « présumément liée à une conspiration connue sous le nom de “Brassard blanc” dont l’objectif est d’attenter à la vie du chef de l’Etat Nicolas Maduro et d’autres hauts fonctionnaires, ainsi que d’attaquer des unités militaires ». Dans chacun de ses tweets, M. Saab prend soin d’écrire que la justice de son pays agit « comme toujours conformément aux lois, a la Constitution et aux normes nationales et internationales de protection des droits de l’homme ».

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