Avec « Super Terram », l’art urbain détonne à Paris


« Berceuse de guerre » (2023), de Seth.

Sur les pavés, la terre. L’exposition « Super Terram », c’est d’abord quelque 40 tonnes de terre déversées dans un bâtiment du 11e arrondissement de Paris, l’Espace Voltaire, un tiers-lieu piloté depuis plus de deux ans par la coopérative d’urbanisme transitoire Plateau urbain. L’événement, qui ne dure qu’un mois, vient d’ailleurs clore le partenariat avec le propriétaire foncier et la programmation culturelle et sociale de cet espace. Il s’agit d’une initiative portée par la Fondation Desperados pour l’art urbain, qui a invité le jeune artiste Gaël Lefeuvre à investir les 3 000 mètres carrés du bâtiment. Pour ce projet, il s’est entouré de onze artistes internationaux de la scène de l’art urbain, et sa proposition détonne par son originalité dans un paysage parisien où se multiplient les expos de street art surfant sur une vogue événementielle tape-à-l’œil rarement très intéressante.

« Super Terram », qui signifie littéralement « hors-sol » en latin, nous plonge dans une déambulation à l’image des vies citadines déconnectées de la nature. Bien que l’exposition regroupe surtout des artistes issus du monde du graffiti, et plus largement des artistes dont la ville est la matière première, aucun mur n’est ici graffé, aucun espace n’est peint du sol au plafond. On entre dans un monde en suspens, atemporel, comme on entrerait dans une caverne.

En préambule, on est accueilli par un clown blanc sur un écran, sorte de clochard philosophe qui invite d’un ton las, face caméra, les spectateurs à « ne pas perdre leur âme ». On entre dans une « divagation », prévient-il. Un parcours philosophique à l’échelle des trois niveaux du bâtiment. « Mémoire, subconscient de l’humain, c’est un chemin de là où mène l’envie chez l’homme… Ça finit par la guerre », prévient Gaël Lefeuvre, qui a orchestré l’ensemble des productions sur place, où les artistes ont été en résidence pendant un mois.

Vision cosmique

Sur le chemin, on zigzague au milieu d’une installation du collectif expérimental Cela. Sur le sol, des bacs remplis d’eau et de miroirs tremblent. Y sont projetées des diapositives vintage, images flottantes et fantomatiques qui se reflètent partout au plafond. Du flou de ces souvenirs personnels devenus anonymes émane une sorte de mémoire collective des années 1970-1980.

De l’obscurité à la lumière, on traverse un second dispositif du collectif, plutôt assimilé aux arts numériques qu’aux arts urbains, avec leurs installations mi-technologiques, mi-bricolées qui, toujours, ont une approche contextuelle et interrogent notre perception du réel. Ici, le passage des visiteurs dans un couloir vient diffracter la lumière en découpant les ombres, en écho à l’allégorie de la caverne de Platon.

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