Avoir “la puce à l’oreille” sans “noyer le poisson” : la signification des plus populaires expressions françaises


Qui n’a jamais eu la puce à l’oreille avant d’essayer de noyer le poisson et se dorer la pilule ?
Ces petites phrases pimentent les conversations depuis des siècles, au point qu’on en oublie parfois leur origine.
Voici quelques pistes pour comprendre ces pépites de la langue française.

Elles ont le don de faire sourire avec leur petit côté désuet. Les expressions sont omniprésentes dans la langue française, mais même si elles sont utilisées à bon escient, nous sommes nombreux à ne pas connaitre leur origine. Chaque semaine, le 13H de TF1 met un coup de projecteur sur l’une d’entre elles. 

À vos souhaits !

Un éternuement et la formule surgit : pour savoir d’où vient ce réflexe, nous avons posé la question à un linguiste et, comme souvent pour comprendre l’origine d’une expression, il faut se plonger dans nos livres d’histoire. “Sous l’Antiquité, on pensait que c’était un esprit divin qui passait”, nous explique le lexicologue Jean Pruvost, “alors, il fallait vite formuler des souhaits, pour que cet esprit divin les emporte”

Avoir la puce à l’oreille

Une expression qui pourrait être poétique, mais que l’on doit en réalité à un problème sanitaire du XIIIe siècle ! Les puces étaient le cauchemar et le quotidien des Français à cette époque. “Avoir la puce à l’oreille” était à ce moment-là une expression plus sensuelle, liée au désir que l’on pouvait ressentir pour une personne. 

Payer en monnaie de singe

Il s’agit d’un clin d’œil au XIIIe siècle, quand il fallait payer un impôt pour pouvoir traverser la Seine à Paris. “Les saltimbanques n’ayant pas d’argent, ils payaient avec des numéros qu’ils faisaient avec leurs animaux. L’expression ne voulait pas dire qu’on payait avec rien, mais qu’on payait avec une autre valeur”, explique Geneviève Arnaud, à la tête d’une compagnie de théâtre qui porte le nom de cette expression.

Avoir la patate

Largement utilisée et pourtant bien mystérieuse. “Dans le langage familier, c’est quelque chose qu’on utilisait pour renvoyer au visage. Mais en faisant quelques recherches dans l’histoire de la langue, on se rend compte que ça vient plutôt des sports de combat. Le mot patate renvoyait (…) à un coup violent”, explique Amélie Josselin Leray, linguiste.

Reprendre du poil de la bête

L’origine la plus probable de cette expression très ancienne se trouve dans une histoire qui se racontait il y a 2000 ans, dans le livre Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Pour se soigner de la morsure d’un chien enragé, il suffisait de prendre les poils de la même bête, de les brûler et de les appliquer sur la plaie.

Noyer le poisson

La petite phrase reste une énigme et deux écoles s’affrontent : en premier lieu, il pourrait s’agir d’une technique de pêche, épuiser le poisson pris au piège du hameçon avant de le remonter. Mais l’expression, qui date du XXe siècle, s’utilisait aussi en cuisine. À une certaine époque, on noyait les poissons de piètre qualité dans la sauce pour que les gens ne s’en rendent pas compte…

Être comme un coq en pâte

Les théories se bousculent pour cette drôle expression très employée. Et si vous trouvez le coq en pâte français tiré par les cheveux, sachez qu’un Anglais est heureux comme une palourde à marée haute, un Allemand comme un vers dans la viande et un Polonais comme un beignet dans le beurre. 

Ne pas casser trois pattes à un canard

Au XVIIIe siècle, un journal était appelé “un canard” à cause des cancans, à une époque où l’on inventait beaucoup d’histoires. “On avait des enfants qui naissaient avec des dents en or, des veaux à trois têtes, des pirates qui auraient remonté le Rhône pour enlever des jeunes filles…”, raconte Guillaume Roussange, professeur en école de journalisme. Quand une histoire manquait de sel, elle n’avait pas sa place dans le journal. Elle ne cassait donc pas trois pattes à un canard. Mais ce n’est pas (du tout) la seule théorie

La fin des haricots

L’explication la plus ancienne se trouverait en mer, au XVIIIe siècle. Les marins mangeaient les haricots en dernier. Quand il n’y en avait plus, c’était la fin du voyage. Une théorie aussi intéressante que l’autre, qui circule beaucoup :  les haricots étaient beaucoup servis dans les familles et les internats en période de vache maigre, parce que peu chers. Et lorsqu’il n’y avait plus rien à manger, on disait que c’était la fin des haricots.

Raconter des salades

Une ébauche de réponse se trouve peut-être dans le dictionnaire d’Aristide Bruant, un écrivain de la fin du XIXᵉ siècle. Pour illustrer le mot bavardage, il y donne toute une ribambelle de synonymes comme chichis, jactage, jactance, gaspillage et notre fameuse salade. Depuis plus d’un siècle, les salades sont donc aussi de belles paroles

Prendre la poudre d’escampette

Pour remonter aux origines de cette expression, il faut se tourner vers l’armée. “On en mettait dans ce qu’on appelait des pistolets de duel”, souligne Pascal Barantin, licencié d’une société de tir de Montpellier. Pour continuer à combattre, les soldats devaient retourner à l’arrière du front pour récupérer de la poudre à canon et certains en profitaient pour s’enfuir. Mais ce n’est pas la seule théorie

Haut les cœurs !

Pour percer les secrets de ce dicton, une équipe du 13H de TF1 est partie à la rencontre d’un agrégé d’histoire-géographie. “L’explication se trouve d’abord dans l’ancien français, au Moyen Âge, au XIe siècle, quand le terme de cœur qui renvoi à l’organe, la pompe du corps humain, change de sens et devient le siège des émotions de l’âme”, avance Stéphane Baot. 

Ça me fait une belle jambe

Jusqu’à la Révolution, les messieurs séduisaient grâce à leurs belles jambes. “On dit ‘faire belle jambe’, ‘avoir une belle jambe’. La jambe, c’est un des attributs virils puisque exposée, à la différence des jambes des femmes”, affirme Yannick Chevalier, maître de conférence en grammaire et stylistique à l’université Lumière Lyon 2. Pour populariser l’expression, il faut attendre le 17ᵉ siècle et le poète Antoine Furetière. À propos d’un habit qui ne vous met pas vraiment en valeur, il dira “ça ne vous fait pas une belle jambe”.

Se dorer la pilule

L’expression trouve ses racines au Moyen Âge. À l’époque, les médicaments avaient très mauvais goût, alors les apothicaires les doraient d’une pellicule d’or pour pouvoir les avaler sans en sentir la saveur. Au fil du temps, l’expression a dérivé pour désigner une amélioration de l’apparence. 

Être bête comme ses pieds

L’expression fait son apparition dans les dictionnaires au XIXe siècle. “Le pied était considéré comme l’organe peu noble qui obéit au cerveau. Donc il n’y a pas d’autonomie et c’est celui qui est le plus éloigné physiquement de la tête”, rapporte Jean Pruvost, lexicologue.

Et ce n’est pas fini ! Chaque semaine, le JT de Marie-Sophie Lacarrau choisit de faire la part belle à une nouvelle expression courante de la langue française. Ne manquez pas ce rendez-vous en suivant le 13H de TF1.


S.J



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