cheminot, agricultrice, éditorialiste, militant antifasciste… Voici neuf députés aux profils peu communs qui entrent à l’Assemblée nationale


De nombreux sortants, et quelques nouveaux visages. Une partie des 577 députés composant la nouvelle Assemblée nationale a fait sa rentrée, lundi 8 et mardi 9 juillet, en attendant la première séance plénière, le 18 juillet. Parmi eux, de nombreux sortants, que le grand public a appris à connaître, mais aussi 155 députés nouvellement élus. Dans ce contingent éclectique, on trouve un ancien président de la République, mais aussi des profils plus rares dans les rangs des députés, qui ont émergé à l’issue d’une campagne éclair. Parmi elles, un cheminot, un ex-patron de bar, une agricultrice ou un fils de député. Franceinfo vous les présente.

1 Béranger Cernon, cheminot, élu en Essonne

Béranger Cernon lors d'un rassemblement syndical contre la réforme des retraites, le 19 janvier 2023, à la gare de Lyon à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Une belle prise pour le Nouveau Front populaire. Tenue par Nicolas Dupont-Aignan depuis 1997, la 8e circonscription de l’Essonne a été ravie par Bérenger Cernon à la faveur d’une triangulaire (40,52%, contre 37,48% pour le député sortant). “On l’a fait ! Un cheminot à l’Assemblée nationale”, s’est félicité sur X ce conducteur de train sur le RER D.

Encarté à La France insoumise et responsable syndical au sein de la CGT-Cheminots, Bérenger Cernon s’est fait connaître pour son engagement contre la réforme des retraites et son opposition à l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire. Raillé sur ce point par son opposant Les Républicains François Durovray pendant la campagne, Bérenger Cernon s’était félicité dans Le Parisien de ne pas être comme ses concurrents, “deux professionnels de la politique en costume”.

S’il s’agit de son premier mandat de député, le cheminot n’est pas un néophyte complet de la politique. Depuis un an, il est aussi conseiller municipal d’opposition à Yerres (Essonne), le fief de Nicolas-Dupont-Aignan. Il figurait également en 22e position sur la liste de LFI aux élections européennes, et n’avait pas été élu.

2Guillaume Bigot, éditorialiste sur CNews, élu dans le Territoire de Belfort

Guillaume Bigot au soir de son élection, le 7 juillet 2024, à Belfort (Territoire de Belfort). (MICHAEL DESPREZ / L'EST REPUBLICAIN / MAXPPP)

Il est plus connu du grand public pour commenter les élections que pour s’y présenter. Guillaume Bigot, éditorialiste sur la chaîne CNews, a été élu député de la 2e circonscription du Territoire de Belfort sous l’étiquette du Rassemblement national, avec seulement 337 voix d’avance (50,59%) sur son concurrent Florian Chauche, du Nouveau Front populaire (49,41%). Il est le seul, parmi les trois chroniqueurs de la chaîne investis par l’extrême droite, à l’avoir emporté, souligne 20 minutes.

Agé de 54 ans, Guillaume Bigot est né à Paris et a peu de liens avec ce territoire. Si bien qu’il a manifesté quelques difficultés à citer dix communes du département lors d’un débat avec ses rivaux sur France 3 et France Bleu. “Cela n’aura pas de conséquence” sur le choix des électeurs, prédisait le délégué départemental RN du Territoire de Belfort, Christophe Soustelle, sur la chaîne régionale. Guillaume Bigot permettra d’apporter une épaisseur intellectuelle au RN dans notre territoire, ajoutait-il, en référence aux essais politiques signés par ce diplômé de Sciences Po Paris.

Le nouvel élu a néanmoins été pointé du doigt, durant la campagne, pour des propos sexistes, climatosceptiques, anti-musulmans tenus par le passé, ainsi que pour des déclarations hasardeuses. En 2021, il avait par exemple suscité l’ire de la Principauté de Monaco en affirmant, en pleine crise du Covid-19, que “tous les patients de Monaco, [allaient] dans les deux hôpitaux de Nice”. L’éditorialiste s’était finalement excusé, concédant sur X que ses “sources étaient manifestement mal renseignées”. Alors que le RN est régulièrement pointé du doigt pour ses accointances avec le pouvoir russe, son nouveau député tenait sur CNews, dans les premiers jours de la guerre en Ukraine, des propos conciliants au sujet de Vladimir Poutine, estimant qu’il avait “refait de la Russie une puissance respectée” et que la France devait, plutôt que d’aider l’Ukraine, “laisser le fruit pourrir tout seul”.

3Zahia Hamdane, travailleuse sociale, élue dans la Somme

Zahia Hamdane en marge d'un débat dans l'entre-deux-tours des précédentes élections législatives, à Amiens (Somme), le 15 juin 2022. (MANON CRUZ / LE COURRIER PICARD / MAXPPP)

“Vous venez d’élire l’une des vôtres”, s’est réjouie l’insoumise Zahia Hamdane sur X en annonçant sa victoire, dimanche, dans la 2e circonscription de la Somme, voisine de celle de François Ruffin. Cette travailleuse sociale, investie par le Nouveau Front populaire, l’a emporté de justesse (35,76% des voix), dans une triangulaire face au RN et au camp présidentiel. Déjà investie par la Nupes en 2022, elle avait été battue par l’ex-ministre macroniste Barbara Pompili.

Agée de 59 ans, Zahia Hamdane connaît bien le territoire : originaire d’Amiens, elle y a exercé le métier d’éducatrice spécialisée pendant plus de treize ans. Aujourd’hui directrice d’un établissement de protection de l’enfance, la députée milite pour la gauche depuis des années, sans d’abord s’encarter. Dans les colonnes du Courrier Picard, elle assurait que “les années Hollande [l’avaient] fâchée avec la politique”. En 2016, elle s’engage finalement auprès de Jean-Luc Mélenchon, arguant avoir trouvé dans La France insoumise un cadre “laissant plus d’autonomie que d’autres partis”.

4Julien Gabarron, ex-gérant de bar, élu dans l’Hérault

Julien Gabarron à son arrivée à l'Assemblée nationale après son élection, le 9 juillet 2024 à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)

Un pari loin d’être gagné d’avance. Sous les couleurs du RN, Julien Gabarron a nettement remporté la 6e circonscription de l’Hérault. Dans une triangulaire, il a récolté 47,26% des voix, loin devant la candidate du Nouveau Front populaire Magali Crozier (23,55%) et la députée sortante Emmanuelle Ménard (DVD, 29,19%). C’est la première fois que le RN présentait un candidat contre cette dernière, épouse du maire de Béziers Robert Ménard, et élue avec le soutien de l’extrême droite depuis 2017. “Je suis très heureux que le Biterrois m’ait accordé sa confiance”, a réagi Julien Gabarron auprès de France 3 Occitanie.

Né à Lille, le nouveau député est installé dans la région, dont ses parents sont originaires, depuis le début des années 2000. En parallèle de la gestion d’une entreprise spécialisée dans l’accompagnement au développement numérique des notaires, il a tenu un bar pendant près de dix ans à Béziers, de 2010 à 2019. L’établissement, situé face aux arènes, était fréquenté par des défenseurs de la bouvine.

La politique fait partie intégrante de sa vie depuis plusieurs décennies : il n’a que 16 ans quand il rejoint l’UMP. “A l’arrivée de Jospin, mes valeurs étaient à droite. J’ai été militant jusqu’en 2010”, a-t-il confié à France Bleu Hérault. Orphelin de Nicolas Sarkozy, il dit s’être tenu éloigné de la politique quelques années avant d’y revenir, en 2019, par une autre porte : “J’ai trouvé, au Rassemblement national, les valeurs politiques que je cherchais”, a-t-il expliqué à France 3 Occitanie.

5Raphaël Arnault, militant antifasciste fiché S, élu dans le Vaucluse

Raphaël Arnault lors de la campagne des élections législatives, le 18 juin 2024, à Avignon (Vaucluse). (JEREMY PAOLONI / AFP)

Dimanche, Raphaël Arnault a remporté 54,98% des voix face à la candidate RN sortante Catherine Jaouen (45,02%) dans la 1re circonscription du Vaucluse. “On a réussi avec des positions fermes contre l’extrême droite”, s’est félicité le candidat investi par La France insoumise pour le NFP. Une victoire symbolique pour le Lyonnais de 29 ans, qui a cofondé en 2018 la Jeune Garde antifasciste, mouvement assumant une stratégie frontale contre l’ultradroite violente. En avril 2023, lors du mouvement contre la réforme des retraites, il défendait ainsi sur X l’urgence “de s’organiser et de se défendre face aux attaques de l’extrême droite.”

Durant la campagne, le militant est devenu une des principales cibles du RN. “Ce candidat fiché S, dirigeant d’un groupuscule antisémite, ne doit pas entrer à l’Assemblée nationale”, a notamment écrit Jordan Bardella sur X dans l’entre-deux-tours, faisant référence à l’inscription de Raphaël Arnault au registre policier recensant les individus potentiellement dangereux pour la sécurité nationale, révélée par plusieurs médias. Sauf erreur de ma part, la fiche S n’est” ni “une condamnation”, ni “une décision” de justice, ni “une sanction”, l’avait défendu le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, sur BFMTV, affirmant qu’il “y a des gens qui sont fichés S pour leurs engagements écologistes, syndicalistes.”

Raphaël Arnault a par ailleurs été condamné en février 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour “violences en réunion”, et dit avoir fait appel. Il a également été entendu par la police pour “apologie du terrorisme” au sujet d’un tweet, depuis supprimé, où il affirmait, le 7 octobre, que “la résistance palestinienne [avait] lancé une offensive sans précédent sur l’Etat colonial d’Israël”.

L’annonce de sa candidature avait créé des remous jusque dans les rangs de la gauche. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, avait appelé à voter pour son concurrent dissident, Philippe Pascal, ex-LFI, également soutenu par la maire PS d’Avignon, Cécile Helle. Raphaël Arnault “symbolise une ultra-gauche radicale, violente dans laquelle je ne me reconnais pas”, justifiait auprès de La Provence celle qui critiquait aussi le parachutage du militant lyonnais. Distancé au premier tour, avec 18,27% des voix contre 24,76% pour Raphaël Arnault, Philippe Pascal s’était finalement désisté et avait apporté son soutien à son rival face au RN, comme le reste de la gauche locale. Très attendu par les médias au Palais-Bourbon, mardi, le jeune nouveau député s’est engagé à “mettre en lumière tous les liens avec le Rassemblement national et les milices d’extrême droite.

6Nadine Lechon, agricultrice, élue en Dordogne

Le score pouvait difficilement être plus serré : l’une a récolté 50,09 % des voix, l’autre 49,91%. Dans la 1re circonscription de la Dordogne, seuls 92 bulletins séparent la nouvelle députée du Rassemblement national, Nadine Lechon, de sa concurrente malheureuse, la députée sortante du Nouveau Front populaire Pascale Martin.  

Originaire de Monestier (Dordogne), la nouvelle élue est encartée au Front national depuis 2006. Ancienne exploitante agricole avec son mari, elle a tenu quelques années une boutique de prêt-à-porter avant de retrouver l’agriculture, raconte-t-elle à France Bleu Périgord. A 61 ans, Nadine Lechon travaille désormais avec son mari et l’un de ses fils dans leur exploitation viticole, qui produit également des kiwis.

Novice en politique, l’agricultrice confie à Sud Ouest être “fière de porter les idées de Jordan Bardella” sur le territoire et veut “porter la parole de la ruralité oubliée”, elle dont le mari et le fils ont manifesté à Rungis lors du mouvement de colère des agriculteurs. Si elle n’habite pas dans la circonscription dont elle est élue (son exploitation se trouve dans la 2e circonscripton de Dordogne, déjà tenue par le RN), elle promet qu’elle y installera sa permanence et qu’elle y sera présente régulièrement.

7 Corentin Le Fur, fils du député sortant, élu dans les Côtes d’Armor

Corentin Le Fur au lendemain de son élection, le 8 juillet 2024, à Quintin (Côtes-d'Armor). (VALENTIN BECHU / LE TELEGRAMME / MAXPPP)

La politique est pour lui une histoire de famille. La 3e circonscription des Côtes d’Armor voit le prénom de son député changer pour la première fois depuis 2002, mais ne va pas devoir mémoriser un nouveau nom de famille. Le député sortant, Marc Le Fur, cède la place à son fils, Corentin Le Fur. Le nouveau député LR (la même étiquette que son père) a obtenu 67,97% de voix, battant ainsi largement sa concurrente RN Odile De Mellon (32,03%).  

L’élu de 34 ans a un temps quitté sa Bretagne natale pour Paris, où il étudie à l’école de commerce parisienne HEC et au Centre de formation des journalistes, avant de se lancer dans le conseil aux entreprises. Mais il s’inscrit rapidement dans les pas politiques de son père, élu député de la circonscription bretonne pour la première fois en 1993. A partir de 2015, il est chargé de mission puis conseiller du groupe LR à l’Assemblée. En 2020, il devient en outre conseiller municipal à Quintin (Côtes-d’Armor).

Après 26 ans de mandat, quand Marc Le Fur renonce à se représenter du fait d’un cancer, l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale laisse la place à son fils. “C’est une grande fierté pour lui et dans le combat qui est le sien, c’est une belle victoire qui va lui donner de la joie et beaucoup de moral”, s’est réjoui Corentin Le Fur auprès de France Bleu Armorique au soir des résultats.  

8Abdelkader Lahmar, enseignant et militant contre l’échec scolaire, élu dans le Rhône

Abdelkader Lahmar lors de la campagne pour les précédentes élections législatives, le 14 juin 2022, à Bron (Rhône). (MAXIME JEGAT / LE PROGRES / MAXPPP)

Il troque les bancs de l’Education nationale pour ceux du Palais-Bourbon. Enseignant depuis 28 ans dans le lycée professionnel Les Canuts à Vaulx-en-Velin (Rhône), Abdelkader Lahmar a été largement élu dans la 7e circonscription du département, avec 50,04% des suffrages malgré une triangulaire. Le candidat investi dans le cadre du NFP par LFI, sans en être adhérent, s’est imposé face au député sortant de l’ancienne majorité présidentielle, Alexandre Vincendet (30,01%), et au candidat du RN, Cédric Pignal (19,87%).

Ce professeur d’économie-gestion de 53 ans est le fils d’un ouvrier en imprimerie et d’une mère au foyer, qui s’est engagé dans des associations et en politique après des émeutes en 1990 dans son quartier de Vaulx-en-Velin, rappelle France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. “Je serai le député de tous les quartiers de France”, a-t-il déclaré au soir de sa victoire. C’est parce que les combats qu’on mène à Bron, Rillieux ou Vaulx-en-Velin”, les trois communes de la banlieue lyonnaise qui composent sa circonscription, sont les mêmes qu’à Paris ou Marseille”.

Comme enseignant, il a “vu l’échec scolaire, la misère et la précarité dans laquelle certains vivent” assurait Abdelkader Lahmar en juin auprès de Politis. “Cela fait 40 ans qu’on nous voit juste comme des bulletins de vote et des colleurs d’affiches”, ajoutait-il au Progrès. “Alors, [j’ai pris] mes responsabilités.”

9 Marie-José Allemand, éleveuse de brebis, élue dans les Hautes-Alpes

Marie-José Allemand vote pour le second tour des élections législatives, le 7 juillet 2024, à Gap (Hautes-Alpes). (THIBAUT DURAND / LE DAUPHINE / MAXPPP)

Les yeux étaient plutôt tournés vers son concurrent, Jérôme Sainte-Marie, sondeur et conseiller de Marine Le Pen. Finalement, c’est Marie-José Allemand, investie par le Nouveau Front populaire, qui remporte la 1re circonscription des Hautes-Alpes avec 51,64% des voix face au candidat RN (48,36%). “Je suis tellement fière pour les Hautes-Alpes que nous soyons deux députées, féminines qui plus est, modérées, qui avons à coeur de représenter notre département”, s’est-elle réjouie, très émue, dimanche soir sur BFM DICI, en référence à la victoire de Valérie Rossi, également du NFP, dans l’autre circonscription du département.

Cette élection va la forcer à s’éloigner de son élevage de brebis. “C’est un changement radical, mais on sait que ça va le faire”, assure Marie-José Allemand à France 3 Provence-Alpes-Côte d’azur. “On a la chance d’avoir dans notre département un service de remplacement efficace, sur lequel on sait que l’on peut compter” pour faire tourner l’exploitation. Si elle n’avait jamais occupé de mandat national, cette bergère est engagée en politique depuis 1991, pour lutter contre la fermeture d’une école dans sa commune, et dirige le PS dans son département. De 2012 à 2017, elle a été attachée parlementaire de la socialiste Karine Berger, période durant laquelle elle s’est rapprochée du député socialiste du Calvados Arthur Delaporte, qui loue auprès du Dauphiné Libéré “son authenticité, sa sincérité mais aussi son franc-parler et le fait qu’elle soit têtue”. Un tempérament qui s’avèrera nécessaire dans cette nouvelle Assemblée, où chaque voix comptera plus que jamais.





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