CNews et l’Arcom, une longue histoire de sanctions



L’Arcom, le régulateur des médias, a sanctionné mercredi 10 juillet CNews d’une amende de 60 000 € et d’une autre de 20 000 €. La première des sanctions porte sur un débat consacré au projet de loi immigration. Deux invités avaient déclaré « l’immigration tue » en décembre 2023, sans réaction des personnes présentes en plateau. La seconde amende sanctionne des propos climatosceptiques après qu’un des intervenants a contesté l’influence humaine sur le réchauffement climatique en juillet 2023.

Ces deux décisions sont loin d’être des exceptions. Elles viennent alimenter la longue liste de manquements signifiés par l’Arcom à la chaîne en continue du groupe Canal+, propriété de Vincent Bolloré. De quoi affaiblir la chaîne, alors que l’Arcom est justement en train d’étudier le renouvellement ou non de son autorisation d’émettre sur le TNT.

► Dérapages d’Éric Zemmour

Le 3 décembre 2019, l’Arcom, alors appelé le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), met une première fois en demeure CNews. Dans « Face à l’info », deux mois plus tôt, Éric Zemmour avait affirmé être « du côté du général Bugeaud » l’un des officiers de la colonisation de l’Algérie, gouverneur général à partir de 1840, qui massacrait « les musulmans et même certains juifs ».

En réponse, dans un communiqué, le groupe Canal+ avait alors affirmé que les propos d’Éric Zemmour relevaient de « l’expression du pluralisme des courants de pensées et d’opinion ».

Un an plus tard, en mars 2021, le CSA condamne CNews, d’une amende de 200 000 € pour « incitation à la haine » et « à la violence ». Là encore, ce sont les propos d’Éric Zemmour qui sont incriminés. Éric Zemmour avait déclaré au sujet des migrants mineurs isolés : « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent. »

► Temps de parole d’un candidat RN non décompté

En 2021, toujours, la liste des rappels à l’ordre s’allonge. En juin, le CSA met en demeure la chaîne pour manquement à son obligation de pluralisme. Plusieurs apparitions de Philippe Ballard, alors tête de liste du Rassemblement national pour les élections régionales à Paris, n’avaient pas été déclarées.

Invité à neuf reprises, il s’est exprimé « pendant une durée globale d’environ une heure » note le CSA. CNews n’avait de son côté comptabilisé que sept minutes dans ses relevés de temps de parole.

► Manque de diversité de points de vue

Deux mois plus tard, la chaîne fait l’objet d’une mise en garde après que Pascal Praud a longuement fait la promotion d’une tribune contre le « délitement » de la France, signée par plusieurs militaires et publiée dans Valeurs Actuelles.

Le CSA rappelle alors que CNews doit veiller « au respect d’une présentation honnête des questions prêtant à controverse, en particulier en assurant l’expression des différents points de vue par les journalistes, présentateurs, animateurs ou collaborateurs d’antenne ».

► Propos sur des affaires judiciaires

Le traitement d’affaires judiciaires fait aussi l’objet de remontrances. La chaîne d’info en continu reçoit une mise en garde pour la diffusion de faits incertains qui font alors encore l’objet d’une enquête de police mais présentés de manière affirmative.

Elle écope également d’une amende symbolique de 1 euro, en janvier 2024, pour avoir interviewé et présenter, à tort, une personne sortant d’un commissariat comme le suspect de l’incendie de la cathédrale de Nantes

► De fausses infographies

Le CSA, devenu l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), tance de nouveau la chaîne en mars 2022. Elle avait diffusé une infographie erronée sur les intentions de vote des électeurs pour le premier tour de l’élection présidentielle de 2022.

En janvier 2024, l’Arcom condamne cette fois-ci CNews à une amende de 50 000 € pour avoir présenté un classement sur la dangerosité de la France comme reposant sur des faits réels, alors qu’il s’agissait d’un sondage sur le ressenti des habitants.

► Ghetto de Varsovie créé pour des raisons sanitaires

En mai 2022, c’est pour des propos sur le ghetto de Varsovie que la chaîne est mise en demeure. Ivan Rioufol, chroniqueur de l’émission L’heure des pros, avait affirmé en février que « quand le ghetto de Varsovie a été créé en 1940, c’était (…) un lieu de contaminés (…), c’était un lieu hygiéniste, c’était un lieu qui était fait pour préserver du typhus ». Dans un communiqué, l’Arcom a rappelé qu’il s’agissait d’un « prétexte visant au regroupement des juifs, première étape de leur extermination ».

► Lien entre immigration, punaises de lit et antisémitisme

CNews et Pascal Praud écopent à nouveau d’une mise en garde en mars 2024. Ce dernier s’était interrogé sur un lien entre l’immigration et la prolifération des punaises de lit. « Il y a beaucoup d’immigration en ce moment. Est-ce que c’est les personnes qui n’ont pas les mêmes conditions d’hygiène que ceux qui sont sur le sol de France qui les apportent (…) Est-ce que c’est lié à cela ? », avait-il dit en plateau.

Quelques mois plus tard, en mai, l’Arcom inflige cette fois-ci une sanction de 50 000 € pour des propos de Geoffroy Lejeune, directeur du JDD. Pendant « L’Heure des Pros 2 » en septembre 2023, il avait estimé que l’antisémitisme et la surpopulation carcérale étaient des conséquences de « l’immigration arabo-musulmane ».



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