Dans l’armement, les rapprochements délicats entre industriels européens et ukrainiens


L’emblème ukrainien au salon international de défense Eurosatory, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 17 juin 2024.

Alors que le salon Eurosatory, l’un des plus grands forums internationaux d’armement, a fermé ses portes, vendredi 21 juin, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), un rapprochement particulièrement appuyé entre industriels européens et ukrainiens a pu être observé, lors de cette vingt-huitième édition. Depuis le début de la guerre, en février 2022, celui-ci avait surtout lieu dans l’ombre des cessions d’équipements militaires. Il prend désormais de plus en plus la forme de joint-ventures, des sociétés mixtes encouragées par les capitales européennes, inquiètes du rapport de force qui se dégrade de mois en mois entre les armées russe et ukrainienne.

Lire aussi l’enquête : Article réservé à nos abonnés Comment la guerre en Ukraine redessine les flux du réarmement mondial

La dernière initiative en date, côté français, est venue de Thales. Le 19 juin, le géant de l’électronique a annoncé la signature de trois accords avec des sociétés ukrainiennes, dont un joint-venture en Ukraine, destiné à « faciliter la livraison et l’exploitation » de systèmes de guerre électronique, de communication tactique et de systèmes de défense aérienne. Un segment sur lequel peu d’industriels étaient positionnés jusqu’à présent, la réparation de matériels lourds de type chars ou obusiers ayant jusqu’ici été privilégiée.

Les premiers joint-ventures entre Européens et Ukrainiens ont été discrètement amorcés, dès la fin de 2022, par la République tchèque, suivie par la Pologne en mai 2023. Ils consistaient alors à coproduire de l’armement hors d’Ukraine, notamment des munitions. Mais, depuis l’échec de la contre-offensive ukrainienne, à l’été 2023, de plus en plus d’industriels s’engagent dans la réparation ou la fabrication d’équipements directement sur le sol ukrainien et dans des domaines de plus en plus diversifiés. Une façon d’optimiser la disponibilité des équipements pour les forces de Kiev en évitant la logistique de transferts des matériels éprouvés par le front.

« Un jeu à quatre »

En janvier, l’Institute for the Study of War, un centre de réflexion américain basé à Washington, recensait ainsi au moins dix pays soutenant ce type d’initiatives, dont la France. Ce n’est toutefois qu’en mars que Paris a finalisé son premier projet de joint-venture avec l’Ukraine, par le biais d’un accord-cadre avec l’Allemagne permettant au groupe franco-allemand KNDS de créer un centre de maintenance pour les canons Caesar.

« Pour les industriels concernés, c’est à la fois un moyen de se positionner sur un marché très prometteur et de répondre en partie aux pressions politiques », commente Renaud Bellais, qui s’exprime en tant que codirecteur de l’Observatoire de la défense de la Fondation Jean Jaurès, et qui est, par ailleurs, conseiller du leader européen des missiles, MBDA. « Les joint-ventures avec les Ukrainiens, c’est un jeu à quatre : deux industriels et deux Etats », ajoute-t-il. Tous les contrats sont négociés au plus haut niveau et présentent une forte dimension symbolique pour les Etats européens, régulièrement accusés par les Etats-Unis de ne pas en faire assez pour soutenir Kiev.

Il vous reste 54.15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lien des sources