Deux heures dans Jénine avec l’armée israélienne


De jeunes palestiniens se mettent à l’abri lors d’une opération militaire israélienne dans la ville de Jénine en Cisjordanie occupée, le 3 juillet 2023.

Rendez-vous est donné, mardi 4 juillet, avec des commandants israéliens de la division de « Judée samarie » (la Cisjordanie occupée) au point de contrôle de Salem, porte d’entrée d’Israël vers la grande cité palestinienne de Jénine. C’est là que leurs hommes conduisent, depuis lundi, la plus vaste opération de l’armée en Cisjordanie depuis vingt ans. Dans quelques heures, Israël signalera leur retrait. Bilan : douze Palestiniens tués et quinze blessés sévèrement. Mardi soir, un soldat israélien a aussi été tué à Jénine, durant le retrait.

Franchissant la barrière jaune de Salem mardi, les commandants sont fiers de leur nouvelle acquisition, un petit transport de troupes Tigris, blindé, vif et climatisé, tout juste sorti des usines du kibboutz Sasa, en Gallilée, qui fit fortune dans les années 2000 en fournissant l’armée américaine en blindages pour ses guerres en Irak et en Afghanistan.

Ils emmènent à Jénine des journalistes israéliens et, cela est rare, trois étrangers – deux Britanniques et un Français – en deux petits convois. L’armée israélienne n’invite jamais la presse à accompagner ses soldats en opération. Au printemps 2022, l’un de ses snipers a tué une journaliste d’Al-Jazira à Jénine, Shireen Abu Akleh. Il n’a pas été poursuivi en justice.

L’armée entend aujourd’hui démontrer que le camp de réfugiés de Jénine n’est plus une forteresse, un sanctuaire pour des insurgés venus de toute la Cisjordanie et le cœur d’une insurrection qui s’épuise lentement, face à la répression qu’elle mène depuis deux ans.

Un millier d’hommes dépêchés

La route qui relie Salem à Jénine est bordée de villages. Toute la région s’est enfermée chez elle dès lundi. Quelques commerces ont rouvert depuis, des voitures slaloment à travers les feux de pneus et les amas de pierraille dispersés sur la route. A l’entrée de Silat Al-Harithiya, de très jeunes garçons caillassent les Tigris. Les soldats descendent sur l’asphalte et les dispersent en tirant des grenades assourdissantes.

Plus loin, une bombe artisanale explose sous le pare-chocs d’un blindé léger israélien, abîmant ses pneus avant. Nouvel arrêt. Le véhicule poursuit sur ses jantes. Le lieutenant-colonel Richard Hecht, qui assume avec résignation depuis un an la difficile tâche de porter en anglais, pour l’étranger, la parole de l’armée, échoue à boutonner son casque et désespère : « J’ai une trop grosse putain de tête. »

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Pénétrant dans Jénine par la rue Haïfa, les blindés butent sur des dizaines de jeunes Palestiniens : barrages, jets de pierres, d’ordures et d’huile, quelques tirs. Le raid israélien menace autant les habitants du camp, où les combats se sont vite éteints, que ceux qui vivent sur les lignes de circulation des blindés au cœur de la grande ville et dans les ruelles où ils slaloment. Un adulte palestinien apeuré se recroqueville derrière une palissade de tôle, espérant s’y rendre invisible.

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