Doit-on laisser Viktor Orban parler au nom de l’Europe ?



Aux commandes de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne depuis seulement le 1er juillet, Viktor Orban fait déjà des siennes. En à peine une semaine, le premier ministre hongrois s’est rendu, sans prévenir personne, au titre de représentant de l’Union européenne, à Kiev, Moscou, et Pékin, avant de faire étape à Washington mardi 9 juillet dans le cadre du sommet de l’Otan. Comme un personnage de jeu vidéo, le populiste, qui se définit actuellement comme « l’homme de la paix », enchaîne les niveaux. « Mission de paix 3.0 », a-t-il écrit lors de son arrivée lundi 8 juillet à l’aéroport de Pékin. Mais à quoi joue-t-il ?

« Une politique de paix »

Les réactions du côté de l’Union européenne ne se sont pas fait attendre. « La présidence tournante de l’UE n’a pas de mandat pour engager le dialogue avec la Russie au nom de l’UE », a dénoncé le président du Conseil européen, Charles Michel. La Maison-Blanche s’est dite « préoccupée par le choix qu’a fait le premier ministre Orban de faire ce voyage à Moscou ». De son côté, dans un entretien avec le quotidien allemand Bild, Viktor Orban justifie ces multiples rencontres dans un objectif de « passer d’une politique de guerre à une politique de paix ». Il peut néanmoins compter sur le soutien de son ami et premier ministre slovaque, Robert Fico, qui se remet doucement de l’attentat dont il a été victime en mai dernier : « Si mon état de santé m’avait permis d’y aller, j’aurais aimé me joindre à lui. »

Les relations entre la Hongrie de Viktor Orban et l’Union européenne n’ont jamais été au beau fixe depuis son retour à la tête du gouvernement hongrois en 2010, après un premier passage entre 1998 et 2002. Ses ennuis commencent réellement en 2018 lorsque le Parlement actionne « l’article 7 », une procédure visant à sanctionner les États qui portent atteinte aux « valeurs » européennes. La Hongrie est alors accusée de violer les libertés de la presse et universitaire, de stigmatiser les minorités ainsi que les migrants, et de porter atteinte à l’État de droit. Depuis, plusieurs procédures, notamment liées à la corruption et à des atteintes aux droits des personnes LGBT+, sont en cours. À cela s’ajoutent des milliards d’euros toujours gelés par l’Union européenne. Le 13 juin dernier la Cour de justice de l’UE avait ainsi infligé une amende de 200 millions d’euros à la Hongrie pour non-respect du droit d’asile.

Lors de ses visites, Viktor Orban a demandé un « cessez-le-feu » auprès du dirigeant ukrainien, Volodymyr Zelensky, mais s’est vite retrouvé devant un Vladimir Poutine arc-bouté sur ses positions. Il s’est rendu en République populaire de Chine, où Xi Jinping partage les mêmes positions sur l’Ukraine. Pour Jacques Rupnik, directeur de recherches à Science Po, le leader hongrois « utilise la présidence tournante pour montrer que son argument sur la guerre en Ukraine qu’il défend depuis le début est le bon ». Il ajoute : « Viktor Orban n’a jamais approuvé l’invasion russe, mais son diagnostic de base c’est que l’Ukraine ne peut pas gagner cette guerre. »

Un clin d’œil à Donald Trump

En faisant cavalier seul dans cette campagne de paix, le dirigeant hongrois souhaite avant tout protéger les intérêts de son pays. Il pourrait aussi ouvrir une brèche selon Jacques Rupnik : « Ce qui est préoccupant c’est que d’autres pays partagent ses idées. C’est le cas de Robert Fico pour la Slovaquie, mais aussi de l’ancien premier ministre tchèque Andrej Babis, qui vient de gagner les élections européennes ans son pays, et qui pourrait être à nouveau élu à la tête du gouvernement. Orban est aussi sur la même ligne que le Rassemblement national. » Le chef du Fidesz, parti d’extrême droite, a attendu les résultats des élections législatives en France pour annoncer la création d’un nouveau groupe au Parlement européen, « les Patriotes pour l’Europe ».

Cette passion soudaine chez le premier ministre hongrois pour les voyages et la politique étrangère intervient surtout quelques mois avant l’élection présidentielle aux États-Unis. « Orban attend avec impatience l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. Il est très prisé des conservateurs et a déjà rendu visite à Donald Trump en Floride. C’est un trumpiste », affirme Jacques Rupnik. « Make Europe great again », la devise de Viktor Orban sous laquelle il a placé sa présidence tournante est on ne peut plus claire.



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