Don d’organes, ce que disent les religions



Le taux d’opposition au prélèvement d’organes post-mortem a encore augmenté en 2023 pour s’établir à plus de 33 %, rapporte mardi 13 février l’Agence de la biomédecine. Déjà le 18 janvier, la directrice générale de l’agence, Marine Jeantet, avait évoqué le « facteur religieux » comme un des motifs possibles pour expliquer l’opposition au prélèvement d’organes.

Pour lever les réticences des familles, l’Agence de la biomédecine s’emploie à rencontrer les représentants du culte et multiplie les formations à destination des aumôniers d’hôpitaux. Chacune des religions, tout en défendant le caractère inviolable du corps humain, concède des exceptions s’il s’agit de sauver des vies. Christianisme, islam et judaïsme insistent toutefois sur le consentement du donneur.

► Ce que dit l’Église catholique

Dès 1956, l’Église catholique se prononce en faveur du prélèvement et de la greffe de cornée au bénéfice d’aveugles ou de personnes menacées de cécité. Le Pape Pie XII fixe trois principes : le respect fondamental du corps qui ne peut être apparenté à un objet utilisable sans discernement ; la légitimité de la transplantation puisqu’il s’agit de soulager la souffrance, voire de guérir ; et l’importance du consentement.

Selon le Catéchisme de l’Église catholique, la transplantation d’organes est « conforme à la loi morale si les dangers et les risques physiques et psychiques courus par le donneur sont proportionnés au bien recherché chez le destinataire ». Le don d’organes post-mortem est considéré comme un « acte noble et méritoire » et « doit être encouragé comme une manifestation de généreuse solidarité ». Cependant, il n’est pas « moralement acceptable » sans consentement libre et explicite.

Dans un discours prononcé devant l’Association italienne des donneurs d’organes en 2019, le pape François a rappelé qu’il devait s’agir d’un « acte gratuit et non rétribué » car « toute forme de marchandisation du corps » serait contraire à la dignité humaine.

Les chrétiens sont appelés à vivre ce don « comme une offrande au Seigneur, qui s’est identifié avec ceux qui souffrent à cause de la maladie » ou des accidents de la vie, a estimé François. Pour ceux qui n’auraient pas de foi religieuse, ce geste peut être vécu « sur la base d’une solidarité humaine désintéressée ».

► Ce que disent les protestants

La plupart des courants protestants se sont positionnés en faveur du don d’organes. Le théologien et pasteur Jean-François Collange a eu la charge de rédiger un texte en 1994 détaillant la position de l’Église protestante sur le don. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Il n’y a pas meilleure façon de transformer l’absurde et le tragique d’une disparition soudaine que de permettre à d’autres de pouvoir encore continuer à vivre », écrit-il.

Le protestantisme insiste, tout comme le catholicisme, sur le respect du corps du donneur et sur l’importance du consentement explicite.

► Ce que dit le judaïsme

Dans le judaïsme, la question est traitée au cas par cas, selon les rabbins. Comme le précise le rabbin Michel Gugenheim dans les colonnes de l’hebdomadaire Actualité Juive, « préserver une vie humaine repousse tous les interdits de la Torah ». Le don nécessite cependant le consentement du donneur.

Dans un article intitulé « Perspectives juives sur le don d’organes », Liveonny, une ONG new-yorkaise promouvant le don d’organes et les greffes, rappelle que les principales branches du judaïsme – libéral, orthodoxe ou conservateur – s’accordent sur le fait que, dans la halakha, la loi juive, la plus grande « mitzvah » (commandement) est « pikuach nefesh » (sauver une vie).

Ce principe l’emporte sur presque tous les autres, y compris « kevod meit » (honorer les défunts) ou « taharah » (les rituels mortuaires). En effet, si la loi juive requiert l’enterrement intact du corps, le don d’organes et de tissus est considéré comme une source de vie et de santé pour d’autres. Ce faisant, l’acte du don honore le défunt.

► Ce que dit l’islam

À l’instar des autres religions, l’islam considère la vie humaine comme sacrée et le corps humain comme inviolable. Toutefois, chaque musulman a aussi l’obligation de préserver la vie, quitte à enfreindre certains interdits. La sourate « Al-Maïda » (« La table servie ») du Coran, verset 32, affirme que « quiconque sauve une vie a sauvé l’humanité entière. »

Aussi, la possibilité d’enfreindre les interdits religieux pour sauver une vie a entraîné les oulémas (jurisconsultes musulmans) à considérer la greffe comme licite, à condition que le donneur ait donné son accord librement.

Dès 1979, une fatwa en autorise la pratique au Koweït. Elle est suivie par la décision consensuelle du conseil de l’Académie des sciences du droit (fiqh) islamique réuni à Djeddah en août 1988. Depuis, plusieurs oulémas ont émis des fatwas autorisant le prélèvement d’organes, en insistant sur la notion de don volontaire et l’interdiction d’en faire le commerce.



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