« double frontière », un concept clé du programme de Jordan Bardella



Lors du débat sur France 2 entre Jordan Bardella et le premier ministre Gabriel Attal, jeudi 23 mai, les échanges se sont arrêtés autour du principe de « double frontière » portée par le représentant de la liste du Rassemblement National pour les élections européennes du 9 juin.

« Une folie » selon le premier ministre, qui a ajouté : « Votre programme c’est un Banco, il y a plein de promesses mais quand on gratte, il n’y a rien derrière », au sujet des propositions du RN sur les questions migratoires. Mais quel est ce concept de « double frontière » ?

La « double frontière » de Jordan Bardella, mais aussi de François-Xavier Bellamy (LR) qui utilise cette expression depuis sa campagne européenne en 2019, a pour objectif de durcir la politique européenne à l’encontre des « flux migratoires » ou de « l’immigration de masse ».

« Il faut une coopération européenne pour tenir ensemble les frontières extérieures de l’Europe. Si demain, l’Italie est victime d’une crise migratoire, ça aura des conséquences sur nous quoi qu’on y fasse. Mais il faut aussi que les États européens gardent la maîtrise de leurs politiques nationales », disait François-Xavier Bellamy, lors d’une interview à RTL en avril 2024.

Refoulement des bateaux de migrants et contrôles aux frontières nationales

Jordan Bardella établit dans son programme une première frontière au niveau européen avec « le refoulement des bateaux de migrants et le renvoi des personnes dans leur pays de départ » par l’agence Frontex. Sa seconde frontière, au niveau national, limiterait la libre circulation dans l’espace Schengen aux seuls ressortissants européens. « Lorsque vous arrivez en Italie et que vous obtenez un titre de séjour, celui-ci ne doit pas vous donner un droit à circuler dans tous les pays de l’UE », a-t-il expliqué lors du débat.

Si la première frontière au niveau européen est envisageable en cas d’adoption d’une politique commune qui va dans ce sens, la seconde est problématique selon Gabriel Attal, car pour l’appliquer, il faudrait « contrôler tout le monde », dont les travailleurs frontaliers. La politique migratoire nationale ne pourrait donc pas être conciliée avec la liberté de circulation de l’espace Schengen.

Un concept envisageable si les normes européennes le permettent

Le concept de « double frontière » montre donc toute la complexité de l’intégration européenne des États membres et de la conciliation des deux niveaux de normes. Pour qu’une telle proposition aboutisse, il faudrait des réformes européennes en faveur d’une plus grande compétence des États membres en matière d’immigration et de contrôle aux frontières.

Et le programme de Jordan Bardella va dans ce sens. Il prévoit la tenue d’un référendum en France pour réaffirmer la primauté de la Constitution française sur les décisions des juges européens en matière d’immigration, et donc également la modification du code Schengen.

S’il est difficile de modifier sa politique migratoire nationale en raison des normes européennes, il est possible d’adopter des mesures de contrôle provisoire, comme l’Allemagne en septembre 2023 en raison de l’arrivée en forte haussed’immigrés aux frontières avec la République tchèque et la Pologne. D’autres États, dont la France, avaient alors eux aussi renforcé leurs contrôles, la moitié de la population de l’espace Schengen avait été impactée.

Des décisions qui mettent à mal l’unité des 27 mais qui ont accéléré l’adoption du Pacte européen sur la migration et l’asile qui entrera en application en 2026. Cet ensemble de textes vise à endurcir les contrôles des arrivées aux frontières de l’UE et souhaite mettre en place un partage des responsabilités entre les États membres dans l’accueil des personnes en exil.

Un partage que la « double frontière » ne permettrait pas en raison des contrôles aux frontières nationales, car elle laisserait à nouveau l’Italie et la Grèce en première ligne pour accueillir les demandeurs d’asile ayant traversé la Méditerranée.



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