En Pologne, des apprentis espions au service du FSB russe


Retrouvez tous les épisodes de la série « Le nouvel espionnage russe » ici.

Même s’il fait nuit noire, difficile de ne pas apercevoir, ce 19 février 2023, le Boeing du président américain, Joe Biden, tout juste arrivé sur l’aéroport de Rzeszow-Jasionka, dans le sud-est de la Pologne. Pourtant, peu de gens relèvent sa présence sur ce tarmac de province devenu, depuis février 2022 et l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, une plate-forme internationale par laquelle transite près de 80 % de l’aide militaire et humanitaire à ce pays. Ce voyage a été gardé secret, et Joe Biden ne tarde guère à filer vers la ville polonaise de Przemysl. De là, il prendra un train pour Kiev, où l’attend son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Les médias locaux devront attendre son retour, le lendemain soir, pour avoir des images furtives de sa montée dans le Boeing et du décollage vers Varsovie. Les journalistes ignorent alors, et les services de renseignement avec eux, que d’autres objectifs, miniatures cette fois, n’ont rien raté de l’atterrissage du président américain en Pologne : des minicaméras ont été dissimulées aux abords de l’aéroport par les membres d’une cellule clandestine aux ordres du renseignement intérieur russe (FSB).

Cette cellule, sans doute mise en place à la fin de 2022, a une spécialité : la collecte d’informations sur le soutien apporté à l’Ukraine. Parmi ses missions prioritaires, fixées par un officier du FSB, figure la surveillance de l’aéroport de Rzeszow-Jasionka. Il faut dire que l’endroit est d’un intérêt stratégique majeur. Washington y a déployé treize batteries de missiles antiaériens Patriot. Des dizaines d’avions occidentaux, civils et militaires, passent ici chaque jour, transportant du matériel chargé ensuite sur des camions ou des trains pour rallier la frontière ukrainienne, à une heure de là. Enfin, c’est l’étape obligée, sur la route de Kiev, des responsables politiques étrangers, contraints de prendre le train depuis la fermeture de l’espace aérien civil ukrainien.

Traceurs GPS, minicaméras

Le long de la piste s’alignent des infrastructures militaires gérées par les Etats-Unis. Dans un grand camp consacré à la logistique, quelques troupes américaines, reconnaissables à leurs Humvees beiges, cohabitent avec des agents de sécurité privés armés. Quatre hélicoptères Black Hawk sont stationnés à proximité. Des bâches tentent de cacher la vue aux curieux, mais on devine des poids lourds ordinaires utilisés pour le convoyage du matériel sensible. Partout règne le même souci de discrétion, la même volonté d’échapper aux espions de Moscou.

Il vous reste 75.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lien des sources