Envoyer des migrants au Rwanda : Londres signe son accord controversé avec Kigali


Londres et Kigali ont signé mardi au Rwanda un traité pour expulser dans ce pays des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni.
Le projet avait été annulé mi-novembre par la Cour suprême britannique.

Le Royaume-Uni expulsera finalement ses migrants vers le Rwanda. Un accord a été signé ce mardi entre les deux pays, trois semaines après le rejet d’un précédent projet. Preuve de la volonté du gouvernement britannique de conserver cette mesure phare de sa politique contre l’immigration illégale, malgré les polémiques et le camouflet infligé mi-novembre par la Cour suprême du pays. 

Le nouveau texte a été signé à Kigali par le ministre de l’Intérieur britannique James Cleverly et le ministre rwandais des Affaires étrangères Vincent Biruta. L’accord “répondra aux préoccupations de la Cour suprême en garantissant notamment que le Rwanda n’expulsera pas vers un autre pays les personnes transférées dans le cadre du partenariat“, avait assuré un peu plus tôt un communiqué du ministère de l’Intérieur, en réponse à l’une des principales inquiétudes de la Cour suprême.

J’en ai assez que notre politique avec le Rwanda soit bloquée”

Les hauts magistrats britanniques avaient en effet rejeté le 15 novembre l’appel du gouvernement de Rishi Sunak et jugé que c’était à juste titre que la cour d’appel avait conclu que le Rwanda ne pouvait être considéré comme un pays tiers sûr. Aussitôt après la décision de la Cour suprême britannique, Kigali avait “contesté la décision selon laquelle le Rwanda n’est pas un pays tiers sûr pour les demandeurs d’asile et les réfugiés”.

Trois semaines plus tard, James Cleverly parvient ainsi à obtenir un “traité juridiquement contraignant” pour apporter des garanties sur le sort des migrants expulsés du Royaume-Uni. Cet accord comprend notamment la mise en place “d’un tribunal conjoint avec des juges rwandais et britanniques à Kigali pour garantir que la sécurité des migrants est assurée et qu’aucun des migrants envoyés au Rwanda ne soit expulsé vers son pays”, a affirmé lors de la conférence de presse le porte-parole adjoint du gouvernement rwandais, Alain Mukuralinda. “Et il veillera également à écouter toutes les plaintes des migrants”, a-t-il poursuivi. Une fois signé, ce texte devra être ratifié par les Parlements britannique et rwandais.

“Il est clair que le Rwanda est un pays sûr, et nous travaillons à un rythme soutenu pour faire avancer ce partenariat afin d’arrêter les bateaux (qui traversent la Manche, NDLR) et sauver des vies”, a assuré ce mardi James Cleverly. Une opinion qui ne passe pas auprès d’une partie de la population, le Rwanda étant dirigé de facto d’une main de fer depuis 1994 par Paul Kagame. Londres doit “ouvrir les yeux sur le passé du Rwanda en matière de violations des droits humains, notamment à l’encontre des réfugiés et des demandeurs d’asile (…) et abandonner une fois pour toutes ses projets d’expulsion des demandeurs d’asile vers le Rwanda”, a exhorté Yasmine Ahmed, directrice Royaume-Uni pour l’ONG Human Rights Watch.

Pour le gouvernement britannique, la situation migratoire sur ses côtes impose un tel accord. Depuis le début de l’année, 29.705 personnes sont arrivées par la Manche à bord de petites embarcations, selon un décompte AFP. “J’en ai assez que notre politique avec le Rwanda soit bloquée”, a déclaré de son côté le Premier ministre britannique Rishi Sunak dans une interview lundi soir au Sun.  En plus du traité, le gouvernement britannique introduira une “législation d’urgence” au Parlement pour désigner le Rwanda comme un pays sûr et ainsi “mettre fin à ce manège”, a-t-il précisé.


T.G.



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