Frank Habineza fait entendre sa différence



La scène se passe à Kabaya, à trois heures de route de Kigali, la capitale du Rwanda. Comme depuis le lancement officiel de la campagne présidentielle et législative le 22 juin dernier, plusieurs centaines d’habitants sont réunis à proximité d’une estrade en gazon synthétique. Tous attendent l’arrivée de Frank Habineza, le candidat du DGPR, pour Democratic Green Party of Rwanda (le Parti vert démocratique du Rwanda), seule opposition tolérée légalement depuis 2013 par le régime.

Le leader du Green Party se présente face à l’inamovible président Paul Kagame, au pouvoir depuis 2000. Ses objectifs ? Défendre les droits de l’homme, la démocratie, l’environnement et « mettre fin aux mauvaises pratiques du gouvernement ». Ses chances ? Plus que ténues. À 47 ans, c’est la deuxième fois que Frank Habineza postule à la présidence. En 2017, il avait terminé troisième avec 0,47 % des voix… Paul Kagame avait alors été réélu avec un peu plus de 98 % des suffrages. Un an plus tard, le Democratic Green Party of Rwanda avait obtenu 5 % des voix aux législatives. « Même lui ne croit pas à la victoire, confie un journaliste rwandais. Il fait ça pour éviter une situation de parti unique. »

Caution démocratique

Soudain, des motos taxis aux tee-shirts verts arrivent à pleine vitesse. Derrière eux, quelques bus remplis de jeunes militants du Green Party. Frank Habineza fend la foule, monte sur scène pour défendre son bilan. « 70 % de nos promesses ont été tenues », clame l’ex-député, de 2018 à 2024. À commencer par l’augmentation de la location de la terre, propriété du gouvernement, « passée de vingt-cinq à quatre-vingt-dix-neuf ans ».

Il met en avant la baisse de l’impôt foncier portée par son parti au Parlement, passée de 300 à 80 francs rwandais par mètre carré. « Élus, nous supprimerons cette taxe !, lance-t-il. Nous créerons un salaire minimum. » Frank Habineza promet aussi d’assurer trois repas par jour aux Rwandais et d’éradiquer le chômage, qui touche 20 % des jeunes, notamment grâce au développement des industries agroalimentaires.

Accusé de servir de caution démocratique au pouvoir, Habineza réfute : « C’est une véritable élection. L’espace démocratique s’ouvre. Simplement cela prend du temps. » Né en Ouganda d’une mère tutsie exilée, il a fait des études en administration publique dans le Rwanda post-génocide, avant de lancer sa carrière politique comme assistant d’un ministre du Front patriotique rwandais (FPR), de Kagame. Mais en 2009, il fonde avec d’autres dissidents le Green Party pour remédier, dit-il, au « manque de démocratie et d’indépendance au Rwanda ».

« David contre Goliath »

Frank Habineza dénonce publiquement la crainte des Rwandais d’être « arrêtés ou dénoncés à la police secrète et d’être inculpés pour des affaires imaginaires », mais aussi la « mauvaise gouvernance » et la « corruption » des dirigeants politiques au pouvoir. La reconnaissance légale de son parti, en 2013, s’est faite dans la douleur, certains de ses partisans ont été battus, emprisonnés. « J’ai moi-même dû m’exiler en Suède pour deux ans », rappelle l’ancien député.

En privé, celui qui est depuis février l’ambassadeur des Verts mondiaux – une organisation qui rassemble plus de cent partis verts dans le monde – confie à propos de ces élections : « C’est David contre Goliath. Le FPR dirige le Rwanda depuis trente ans, il a mis fin au génocide. Il a plus de ressources, plus d’argent, plus de structures locales. Mais nous espérons obtenir au moins 20 députés. » C’est un début.



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