« Je ne suis pas un pédophile. Je ne ferais jamais de mal à un enfant »


Devant le juge d’instruction, il pleure. Sur les neuf pages de procès-verbal, la didascalie « mentionnons que Monsieur pleure » a été inscrite neuf fois par la greffière. Après son interpellation et sa mise en examen pour « complicité de viol sur mineur », « complicité de traite aggravée d’êtres humains », « consultation, enregistrement, importation et détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique », Michel (présumé innocent, son prénom a été modifié) sanglote dans un bureau du tribunal judiciaire de Paris. « Ce n’est pas possible que je sois complice de viol parce que je ne suis jamais allé aux Philippines. Je ne suis pas un pédophile. Je ne ferais jamais de mal à un enfant. »

Six mois plus tôt, les policiers de l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP) ont débarqué dans son pavillon d’une ville moyenne du centre de la France, après l’avoir identifié grâce à des informations transmises par leurs homologues américains et philippins. Ils l’ont surpris assis devant les trois écrans de son bureau, en train d’enregistrer un show sexuel donné à l’autre bout de la planète par une adolescente sur le site Chaturbate.

Dans la vie, Michel n’a qu’un seul ami. Il ne voit plus sa famille, n’a pas d’enfant ni de compagne et n’aime pas Noël, qui le confronte à sa solitude. Dans son téléphone, les enquêteurs ne retrouvent que deux contacts privilégiés : l’ami en question et le propriétaire de son logement. A l’intérieur de son portable, il y a aussi beaucoup d’échanges avec les Philippines, des milliers de connexions à Chaturbate et à d’autres sites de « live streaming », sur lesquels il se rend sans trop savoir pourquoi, « même pas pour prendre du plaisir, mais parce que c’est une addiction, comme l’alcool ». Enfin, dans la table de chevet du retraité, trois disques durs que les enquêteurs saisissent.

« Conduite pédophile quasi immuable »

L’expert informatique l’écrit lui-même dans son rapport. Il y a tellement de fichiers illégaux dans les disques durs de Michel qu’il ne peut pas tous les explorer. Ils contiennent plus de trois millions d’images d’enfants dans des situations de sévices sexuels, « de type hard (viols, agressions de nourrissons jusqu’à des enfants de 10-12 ans) et de type soft », ainsi que 20 000 vidéos, dont six retiennent l’attention des enquêteurs. On y voit des petites Philippines « s’adonner à la masturbation » et à des rapports sexuels devant la caméra, pratiques que les policiers estiment commanditées et payées par Michel, lui valant sa mise en examen pour « complicité de viol ».

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