« J’étais amoureuse à 1 000 %, je pouvais dire la couleur de son plumier »


Première rencontre

« Quand j’arrive dans sa classe, à Thieusies [en Belgique], il n’y a pas que son physique que je remarque. Sylvain a l’air gentil, doux. Il a une voix posée. Moi, j’ai 11 ans, et c’est la première fois que je suis attirée comme ça par quelqu’un. Je suis très timide, du genre à devenir rouge comme une tomate si je dois lire un texte devant tout le monde. Mes copines me disent de faire quelque chose pour que Sylvain s’intéresse à moi. Je n’y arrive pas et comme on s’échange des regards, je me dis qu’il va faire le premier pas. Mais non.

Un jour, j’écris un mot, mais le garde pour moi. Un autre jour, je passe le cap et le donne à l’une de mes amies, pour qu’elle le donne à l’un des siens, et qu’il arrive jusqu’à lui. C’est un poème que j’avais lu dans un livre à la maison : “J’aime deux choses : la rose et toi. La rose pour un jour, et toi pour toujours.” J’ai très peur qu’il le refuse, qu’il rigole ou que les autres se moquent. Quand il le reçoit, il est quelques rangées devant moi, et je le vois, il sourit. Je suis heureuse. Quand je reçois son premier mot, après un petit moment, je suis amoureuse à 1 000 % et lui ne vient toujours pas me voir. Deux ans durant, on s’écrit des petits mots, qu’on ne se donne jamais de la main à la main. Parfois, on se regarde. Moi, chaque jour, je peux dire où il est assis dès que je rentre dans la classe ; de quelle couleur est son plumier – jaune, avec la marque Carambar – ; les gestes qu’il fait. A mon avis, c’est une obsession. Parfois, je me dis que, par rapport à lui, c’est trop, je suis trop.

En 1987, je sais qu’il doit partir en secondaire. A cette époque, on fait tourner nos carnets entre copains, pour se laisser des mots dedans. Sylvain, lui, dessine dans le mien plein de petits bonshommes dans un parc. Des qui se cachent, des qui se tiennent la main, des qui s’embrassent. Peut-être tout ce qu’on pourrait faire tous les deux si on n’était pas aussi timides. En dessous, il écrit qu’il m’aime “avec autant de force que Superman” et signe. Là, j’ai ma réponse.

Quand il quitte l’école, c’est la catastrophe. Je ne mange plus, je pleure, je ne veux plus aller à l’école et, quand j’y vais, je le cherche dans la cour. Certains me disent qu’il m’a de toute façon oubliée ; mes parents s’inquiètent, questionnent le directeur, m’envoient parler à une psy, mais je ne dis rien. La sœur de Sylvain est encore à l’école, c’est par elle que je passe pour transmettre mes mots, demander des nouvelles. Mais il ne me répond pas toujours et, chaque fois, il y a un peu moins de mots. Audrey finit par me dire qu’ils vont quitter la Belgique pour aller vivre en France. Je crois que j’ai un chagrin d’amour. Le premier.

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