KS Groupe fait bouger les lignes dans le BTP



À 50 ans, Thomas Sauer n’a jamais trouvé d’entreprise lui ouvrant durablement les portes en raison de son autisme. Ses cadets, Jérôme et Édouard, 42 et 39 ans, ont voulu rompre avec cette stigmatisation et donner cette chance à d’autres. Ils ont décidé que l’inclusion des personnes handicapées serait l’un des axes forts de leur « stratégie engagée » de reprise de KS Groupe, créée en 1958 par leur grand-père à Bischheim, près de Strasbourg (Bas-Rhin). Avec la recherche du « bien-être des salariés » et de « solutions durables » dans le bâtiment.

Des « priorités environnementales et sociétales »

Leur père avait transformé l’entreprise de maçonnerie, issue du rachat de deux entreprises locales, en un groupe intégré et diversifié de 340 salariés employés dans 13 filiales couvrant toute la chaîne de valeurs, de la construction à la promotion immobilière. La « troisième génération » a souhaité se démarquer par l’« audace entrepreneuriale », en plaçant leurs « priorités environnementales et sociétales au cœur des choix de développement » de leur groupe de BTP. En 2022, Jérôme et Édouard Sauer ont ainsi décidé d’adopter le nouveau statut de « société à mission », issu de la loi Pacte de 2019.

« Cela nous permettait de formaliser une nouvelle façon de faire, de nous fixer collectivement des défis, tout en nous imposant un contrôle contraignant », explique Jérôme Sauer. Débute alors une longue « période de maturation pour embarquer » salariés, sous-traitants, clients… Il faut informer, sensibiliser, organiser des ateliers pour définir la « raison d’être » de l’entreprise, identifier ses missions, fixer des objectifs, trouver de nouveaux indicateurs…

Faciliter l’embauche et l’intégration de personnes handicapées

En décembre 2023, KS Groupe devient officiellement « société à mission » avec pour objectif d’être « bâtisseur de solutions durables » animé de « valeurs humanistes ». Il ambitionne de contribuer à construire « une société plus solidaire et respectueuse de l’environnement » au niveau de son territoire. Une chargée de mission handicap a par exemple été nommée pour faciliter l’embauche et l’intégration des personnes handicapées, qui représentent 8 % de l’effectif (contre 3,5 % en moyenne dans les entreprises françaises). Elle met en place également des partenariats locaux avec Emmaüs ou Café joyeux.

La recherche de « bien-être au travail » se matérialise par des politiques d’intéressement et d’actionnariat salarial, la possibilité de bénéficier d’un forfait de mobilité durable, de la présence d’un ergonome et psychologue du travail, bientôt l’instauration d’un congé menstruel… Pour décarboner l’activité, une filiale dédiée à la construction en bois est créée. Tandis qu’un pôle « KS Lab » recherche et conçoit des « alternatives durables ». Des biofibres vont ainsi remplacer les isolants en fibre de verre, des moquettes issues du réemploi seront proposées aux clients…

Passer de l’exception à la norme

Un comité de mission, composé de cinq salariés et cinq experts, veille au respect des engagements pris. Il se réunit trois fois par an et rédige un rapport annuel. Un autre niveau de contrôle est exercé tous les deux ans par un organisme tiers indépendant, également choisi par la direction. « L’entreprise à mission nous impose de tenir nos engagements et de rechercher une cohérence, souligne Jérôme Sauer. On avance avec l’envie de contribuer au bien commun et de faire bouger les lignes dans le secteur. Et montrer à l’écosystème que c’est possible. »

« Être une entreprise à mission ne nous simplifie pas la vie. Tout est plus compliqué, plus cher », confie l’entrepreneur alsacien, néanmoins convaincu que la « marque employeur » est un « gage auprès des clients ou pour garder les talents ». Il voudrait comme son frère que ce statut devienne « une norme », et les indicateurs sociaux et environnementaux « une obligation ». Il ne cache pas un certain scepticisme au sujet des sociétés à mission et de leur contrôle : « On s’y intègre, mais ce n’est pas un blanc-seing. Ce serait terrible si cela ne marchait pas, car cela dissuaderait toute initiative. »



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