La croissance reste bien plus faible qu’avant la pandémie dans 60% des pays de la planète


L’écart de revenu se creuse entre les économies avancées et les États les plus pauvres qui souffrent de surendettement, alerte la Banque mondiale.

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle… Après deux années consécutives de baisse, l’économie mondiale se stabilise mais à un faible niveau par rapport aux tendances historiques, diagnostique la Banque mondiale dans son panorama de printemps. Surtout, l’institution multilatérale ne s’attend pas à une accélération de l’activité dans les prochaines années. Concrètement, elle table sur une hausse du PIB pour l’ensemble de la planète de 2,6 % cette année – contre 2,4% prévus en janvier -puis anticipe un léger mieux à 2,7% sur 2025 et 2026. C’est nettement moins que la moyenne annuelle de 3,1% observée sur la décennie précédant la pandémie de Covid-19.

Et encore, souligne le chef économiste de la Banque, Indermit Gill, ce qui a permis de soutenir la croissance mondiale tient pour « une bonne part de la solidité inattendue de l’économie américaine ». La hausse du PIB des États-Unis a ainsi été nettement revue en hausse à 2,5% pour 2024, soit 0,9 point de plus qu’en janvier, date de publication des précédentes prévisions. Une performance qui contraste avec la faible activité en zone euro et au Japon, respectivement à +0,7%.

Le lourd fardeau de la dette

Globalement, dans 60% des pays de la planète qui abritent plus de 80% de la population, la croissance sur la période 2024-2026 sera plus lente qu’avant la pandémie de Covid. La Banque mondiale prévoit même un recul de l’expansion, de 4,2% en 2023 à 4% en 2024, pour les économies émergentes et en développement. L’Argentine devrait être le seul des grands émergents à connaître une récession, de -3,5 %, effet de la thérapie de choc dégainée par Javier Milei, au pouvoir depuis six mois, pour enrayer la faillite du pays. À noter, une nette révision à la baisse pour l’Arabie saoudite (+2,5% au lieu de 4,1% en janvier), liée pour l’essentiel aux réductions volontaires de production du pétrole qui ont été prolongées, en mars jusqu’à fin 2024.

La situation reste préoccupante pour les pays les plus pauvres de la planète, qui ont subi de plein fouet les chocs successifs : pandémie, inflation et durcissement monétaire. Un quart d’entre eux n’a pas retrouvé le niveau d’avant 2020. La proportion est deux fois plus élevée pour les pays fragiles et en situation de conflit. «Les pays les plus pauvres pâtissent du lourd fardeau que constitue le service de la dette, des possibilités restreintes sur le plan des échanges commerciaux et de la survenue d’épisodes climatiques coûteux», détaille Indermit Gill. Entre janvier et juin, la Banque mondiale a amputé la prévision de croissance des pays à faible revenu d’un demi-point, à 5%. La reprise est en particulier fragile sur le continent africain, qui concentre les États les plus pauvres, et à un rythme bien trop lent pour avoir un effet significatif sur la réduction de la pauvreté.

Si l’inflation a commencé à refluer – prévue à 3,5% à l’échelle mondiale en 2024 puis 2,9% en 2025 – l’un des risques majeurs tient aux taux d’intérêt qui vont rester durablement élevés. L’institution prévoit 4% sur la période 2025-2026, soit environ le double des taux moyens enregistrés entre 2000 et 2019. «Le durcissement des conditions financières mondiales se traduirait par une croissance beaucoup plus faible pour les économies en développement», alerte l’économiste en chef adjoint, Ayhan Kose.



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