« La priorité absolue des décideurs américains devrait être de veiller à ce que les futurs systèmes de paiement soient conformes aux intérêts des Etats-Unis »


Le débat sur le poids du dollar dans l’économie mondiale est souvent présenté de manière binaire : soit son statut de principale devise des réserves mondiales s’éroderait rapidement du fait de la situation géopolitique, soit il resterait la principale devise mondiale sans concurrent sérieux en vue.

La réalité est plus complexe. Le dollar reste la devise dominante dans de nombreux secteurs, comme la finance et le marché des changes. Mais les systèmes de paiement sont un indicateur plus fiable de la position future d’une devise. Ils sont parfois comparés à de la plomberie : pour ouvrir les robinets, il faut que tous les tuyaux soient en place. Une fois que l’infrastructure existe, le changement de statut d’une devise peut survenir rapidement : peu d’observateurs avaient prévu la transition de la livre vers le dollar dans les années 1920.

Depuis quelques années, des systèmes de paiement rapides ont transformé l’environnement financier de pays tels que le Brésil ou l’Inde. Le projet mBridge relie entre elles les banques centrales et commerciales de Chine, de Hongkong, de Thaïlande et des Emirats arabes unis sans recours au dollar. L’Arabie saoudite vient de rejoindre ce projet, d’autres pays devraient suivre cette année. Le système chinois de paiements interbancaires transfrontaliers agit comme une chambre de compensation similaire à la chambre de compensation américaine.

Bien que beaucoup de ces projets soient modestes par rapport au volume des transactions en dollars, il ne faut pas les négliger. Le nombre de pays à la recherche de nouvelles technologies de paiement est en forte augmentation depuis que l’Occident a imposé des sanctions économiques à la Russie.

Paiements transfrontaliers plus rapides

Beaucoup de ces projets ne sont pas de simples clones des systèmes existants : ils visent à rendre les paiements transfrontaliers plus rapides, moins chers et plus fiables. Au fil du temps, ils pourraient réduire la demande de dollars, ce qui augmenterait les coûts pour les emprunteurs américains, rendrait les Etats-Unis plus vulnérables aux crises macroéconomiques… et menacerait leur sécurité nationale. Ils peuvent en effet faciliter les transactions sans intervention des banques américaines, ce qui limite l’accès du département du Trésor aux renseignements financiers, et donc sa capacité à appliquer des sanctions.

La priorité absolue des décideurs américains devrait être de veiller à ce que ces futurs systèmes soient conformes aux intérêts des Etats-Unis. Ils auraient probablement une plus grande influence s’ils participaient activement à leur développement, à leur construction et à leur fonctionnement. Les banques américaines restent au centre des paiements internationaux ; l’Amérique abrite des entreprises de technologie financière et de paiement mobile parmi les plus importantes du monde.

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