la volte-face des Etats-Unis sur le régime autoritaire de Nayib Bukele


Que faire de Nayib Bukele ? Samedi 1er juin, alors que la Constitution salvadorienne interdit dans plusieurs articles la réélection immédiate d’un président, le chef de l’Etat, élu une première fois en 2019 dans ce petit pays d’Amérique centrale de 6,3 millions d’habitants, a été investi pour la seconde fois d’affilée. Connu pour ses jeans, sa veste de cuir et sa casquette à l’envers, M. Bukele est, cette fois, apparu avec une longue veste noire classique agrémentée de broderies dorées.

Applaudi à tout rompre, le président réélu jubilait. Le 4 février, 84,6 % des électeurs avaient plébiscité la politique d’incarcération massive des membres des gangs qui ensanglantaient le pays depuis les années 1990, faisant chuter drastiquement le taux d’homicides et ramenant la paix civile.

Dans le public, la délégation des Etats-Unis ne comprenait pas moins de cinq hauts fonctionnaires, dont Alejandro Mayorkas, secrétaire à la sécurité intérieure. Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, s’est, lui, fendu d’un post sur X félicitant le « président Bukele », sans un mot sur ses atteintes à l’Etat de droit ni sur les nombreuses violations des droits humains dans sa lutte contre les gangs.

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Quel contraste avec les virulentes diatribes que les fonctionnaires américains de l’administration Biden ont prononcées depuis 2021 ! En particulier depuis que, le 3 septembre de cette année-là, le Tribunal constitutionnel – dont Nayib Bukele avait modifié la composition quatre mois plus tôt en choisissant des magistrats complaisants – avait réinterprété la Loi fondamentale, assurant qu’elle permet la réélection. De nombreux constitutionnalistes avaient considéré que le second mandat du président serait illégitime.

« Direction autoritaire »

Une vision alors partagée par Washington. « Décision clairement contraire à la Constitution salvadorienne », « déclin de la démocratie » qui « porte atteinte aux relations entre les Etats-Unis et le Salvador », « stratégie visant à saper l’indépendance du pouvoir judiciaire » : la chargée d’affaires américaine, Jean Manes, n’avait pas eu de mots assez forts. « Les actions de Bukele mènent ce pays dans une direction beaucoup plus autoritaire que celle que nous avons vue au début des années d’Hugo Chavez » au Venezuela, avait même asséné Juan Gonzalez, alors principal conseiller de Joe Biden pour l’Amérique latine.

Logiquement, Washington n’aurait pas dû reconnaître davantage la légitimité de la réélection de 2024 que celle du Vénézuélien Nicolas Maduro en 2018. Alors, pourquoi ce changement ?

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