l’Amérique dans l’œil de Stephen Shore



La Croix : Pouvez-vous nous expliquer le titre choisi pour l’exposition, Stephen Shore Véhiculaire et Vernaculaire ?

Clément Chéroux : Stephen Shore se définit comme un explorateur. Il mène une exploration de la culture américaine et une exploration du médium photographique en parallèle. L’idée du véhiculaire serait celle d’une photographie en mouvement, en voiture, le plus souvent mais aussi en train, en avion ou encore plus récemment via un drone. Quand Cartier-Bresson, dans la génération précédente, utilisait la marche, soulignant d’ailleurs que « pour être un bon photographe, il faut d’abord une bonne paire de chaussures », lui a ainsi choisi la voiture pour saisir, dans un monde qui va plus vite, le réel américain.

Car Shore met ce principe au service du vernaculaire, tout ce qui est typique de la culture américaine, cette esthétique des bords de route, une architecture, un bâtiment, le logo d’un motel ou d’une station-service, etc… C’est ainsi qu’il a pu réaliser ses deux grandes séries, American Surfaces et Uncommon Places, exposées aujourd’hui à la Fondation. Comme d’autres photographes de sa génération, tels Eggleston ou Friedlander, il s’inscrit dans une tradition héritée de Walker Evans, qu’il fait évoluer en y ajoutant la couleur, comme en sortant de la frontalité imposée par Evans. Mais pour moi, il se différencie surtout des photographes de sa génération par ces deux questions du véhiculaire et du vernaculaire.

Son travail questionne aussi l’exercice du métier de photographe…

C. C. : À l’instar d’un écrivain qui remet en question son écriture, Shore réfléchit sur sa façon de photographier. Attentif aux différentes techniques à sa disposition, il a testé différents formats d’appareils photographiques jusqu’aux drones, récemment. Pas dans une démarche d’expérimentation d’avant-garde à la Man Ray ou Moholy-Nagy, mais plutôt pour comprendre ce qui compose le paysage culturel de l’Amérique du Nord.

Comment a été conçue la scénographie de cette exposition ?

C. C. : Entre l’installation issue de la série Signs of life et le grand Wallpaper, nous avons choisi de reconstituer une rue principale (mainstreet), car c’est un élément structurel de la culture américaine comme de la photographie de Shore. Pour le reste, on a voulu se démarquer d’une rétrospective conçue comme un « digest » ou le résumé de la carrière d’un photographe dans toutes ses dimensions. Nous avons préféré resserrer notre propos autour de ce qui fait la singularité et la cohérence, à mon sens, de l’oeuvre de Stephen Shore. Je crois que c’est le moment, dans l’histoire de la photographie, de proposer de telles lectures. En tout cas c’est, ici, la proposition de la Fondation Henri Cartier-Bresson.



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