Le plan logement du gouvernement fait l’unanimité contre lui



Difficile de trouver une réaction positive à l’annonce des mesures en faveur du logement, détaillées dimanche 4 juin par Matignon. L’exécutif dit vouloir désamorcer le « risque de bombe sociale » que représente à ses yeux la crise du logement. Avec 330 000 personnes sans abri, plus de 4 millions de mal-logés, et les difficultés croissantes des ménages à acheter ou même à louer leur habitation, les professionnels du secteur espéraient un « électrochoc ».

Ils dénoncent au final, dans un tir de barrage unanime, des « mesurettes », détaillées lundi soir par la première ministre, Élisabeth Borne.

Ce plan, issu des discussions du Conseil national de la refondation (CNR) sur le logement, affiche cinq objectifs : favoriser l’accession à la propriété et à la location, soutenir la production et la rénovation de logements sociaux, relancer la construction et amplifier la rénovation énergétique du parc privé.

Pour autant, les 14 dispositions techniques dévoilées dimanche ne comprennent aucune mesure choc comme l’encadrement des prix du foncier par exemple.

500 mesures détaillées

Pour Loïc Cantin, président de la Fnaim, « ces premières propositions ne sont pas à la hauteur de la crise, que ce soit pour le logement social ou pour le logement privé neuf et ancien », déplore-t-il. « Alors que le CNR, auquel j’ai participé, avait abouti à 500 mesures détaillées, les dispositifs dévoilés dimanche sont incantatoires, imprécis et incomplets », tonne pour sa part Henry Buzy-Cazaux, président de l’Institut du management des services immobiliers.

Nouveau recentrage du prêt à taux zéro

Les nouveaux critères du prêt à taux zéro (PTZ), voulu « recentré », « ne correspondent pas aux choix de logement des Français », déplore Henry Buzy-Cazaux, ce qui va les exclure de ce dispositif, qui aurait été le bienvenu en cette période de hausse des taux.

Pour y répondre, le gouvernement prévoit d’assouplir les conditions d’octroi de crédit, mais cela ne pourra se faire qu’avec l’accord du Haut Conseil de stabilité financière, qui doit statuer mardi 13 juin.

Manuel Domergue, à la Fondation Abbé-Pierre, qui a participé au CNR logement, ajoute un regret : « Le logement social est le grand absent. Nous espérions que la ponction annuelle de 1,3 milliard d’euros sur le chiffre d’affaires des organismes HLM soit supprimée, et que la TVA baisse, alors que la hausse des taux d’emprunt complique le financement des constructions. »

Le Pinel disparaît

Autre annonce : « la suppression du dispositif Pinel, sans aucune mesure d’accompagnement, est un message extrêmement négatif », critique Loïc Cantin. D’après Henry Buzy-Cazaux, l’investissement locatif a permis bon an mal an de construire 40 000 logements neufs par an depuis 1986.

Faire baisser les prix

Toutes mises bout à bout, ces mesures donnent l’impression que le gouvernement ne cherche pas à enrayer la chute de la construction.« Pour cela, il aurait fallu soutenir les trois acteurs du logement : les acheteurs via un PTZ pour tous les primo-accédants, les investisseurs (particulier ou entreprises) via des réductions fiscales et les HLM. Mais cela a un coût… », conclut Norbert Fanchon, patron du promoteur immobilier Gambetta.

Dès dimanche, Matignon a tenu à répondre : « Ce n’est pas en une fois que l’on résout l’intégralité de la politique du logement. »



Lien des sources