le RN entretient le flou sur le coût de son programme



De chiffrage complet, il n’y aura pas. Alors que les contours du programme du Rassemblement national (RN) étaient très attendus, le président du parti, Jordan Bardella, n’a livré qu’une poignée de chiffres pour détailler son projet. La raison ? « Une situation budgétaire dégradée », qui empêche la formation d’extrême droite d’avoir les mains libres et la contraint à engager « un audit des comptes de la nation ».

Dès lors, tout sera plus clair. Le RN au gouvernement pourra développer sa politique selon les moyens disponibles. Le montant des dépenses dépendra donc des marges de manœuvre financières. Quant aux recettes, le candidat déclaré à Matignon promet que l’audit ouvrira des pistes : « Ligne à ligne, nous découvrirons les gisements qui permettront de mettre fin à la déraison budgétaire. »

La baisse de la TVA amortie pour 2024

Pressé par les questions des journalistes lors de sa conférence de presse, Jordan Bardella a tout de même dû estimer le coût de certaines de ses dispositions. À commencer par son idée phare pour le pouvoir d’achat : la baisse de la TVA sur les énergies. Elle est évaluée à sept milliards d’euros pour la fin de l’année 2024, puis 12 milliards en 2025. Un chiffre conforme à l’estimation de l’Institut Montaigne, laboratoire d’idées libéral, qui fixe cette baisse de TVA à 11,3 milliards d’euros pour les comptes publics.

Pour amortir cette dépense nouvelle, le président du RN a étayé trois mesures d’économies. Il souhaite d’abord rogner la participation de la France au budget de l’Union européenne de deux milliards d’euros. Trois milliards de recettes supplémentaires proviendront du rehaussement de la contribution sur les rentes inframarginales, cette taxe que paient les producteurs d’électricité depuis 2023. Enfin, Jordan Bardella veut s’attaquer à certaines niches fiscales, notamment celle qui profite aux armateurs de fret maritime. Le RN avance un chiffre de 1,2 milliard d’euros économisés.

Avec ces chiffrages, le parti équilibre à peu près sa baisse de la TVA pour 2024. Mais d’autres dépenses sont au programme tandis que les recettes nouvelles sont rares, hormis la privatisation de l’audiovisuel public pour trois milliards d’euros selon le parti. Le chef de file de l’extrême droite compte ainsi encourager les augmentations de salaires en exonérant de cotisations patronales jusqu’à 10 % de hausse, et ce pendant cinq ans. Non chiffrée par le RN, cette mesure pourrait coûter moins de un milliard d’euros en 2025 mais augmenter les années suivantes, selon l’Institut Montaigne. Au total, sur cinq ans, cela représenterait 12 milliards d’euros pour l’État.

Sur l’immigration, des économies souhaitées mais des charges probables

Sur un éventuel changement du système des retraites, Jordan Bardella ne s’est pas risqué à une estimation mais toute évolution pèsera sur les comptes. Pas de chiffres non plus sur les différents manques à gagner résultant de mesures fiscales. L’élu a d’abord évoqué une baisse des impôts sur « la production » – sans être plus précis – puis sur le revenu avec une exonération pour les médecins ou infirmiers sortant de leur retraite. Il a aussi proposé la création d’une part fiscale pleine pour le deuxième enfant et d’élargir l’exonération pour les donations entre parents et enfants – ainsi qu’entre grands-parents et petits-enfants – jusqu’à 100 000 € tous les dix ans.

Reste la lutte contre l’immigration, présentée comme une manne financière importante. Pourtant, là encore, pas de données claires. La suppression de l’aide médicale de l’État pourrait permettre d’économiser 1,2 milliard d’euros – relativisé par une probable hausse des frais de prise en charge en urgence par manque de suivi. Mais les autres « dépenses qui favorisent l’immigration », selon Jordan Bardella, ne sont pas développées. En revanche, il est probable que le renforcement des moyens pour lutter contre l’immigration illégale ait un coût non négligeable.

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