le sport peut-il sauver l’école ?



Dans l’esprit des élèves, à l’école, le sport se résume aux heures d’éducation physique et sportive (EPS). Mais il pourrait être bien autre chose, dans un contexte où toute une partie de la jeunesse est confrontée à une crise éducative, estime le laboratoire d’idées Vers le Haut.

Dans un rapport publié ce 23 avril intitulé Le sport, terrain d’éducation, les chercheurs David Blough et Alexanne Bardet dressent un panorama de l’impact éducatif du sport, et montrent aussi à quel point ce potentiel est aujourd’hui sous-utilisé par le système scolaire.

Preuve en est, dès la maternelle, être jugé « remuant » est rarement un compliment, et les jeunes Français « restent trop souvent vissés à leur chaise à un âge décisif dans leur rapport au sport », soit entre 6 et 11 ans, rappellent les auteurs. Car, en France plus qu’ailleurs, « notre perception de la réussite se fonde largement sur une inutile dichotomie entre le corps et l’esprit », développent-ils.

Citant les travaux de l’ancien député Régis Juanico, selon qui « la France est classée 119e sur 146 dans une étude internationale sur l’activité physique des adolescents de 11 à 17 ans », David Blough et Alexanne Bardet s’interrogent : « où se positionnerait-elle sur l’échelle d’un “Pisa sportif” ? », du nom du comparatif des performances scolaires à 15 ans publié par l’OCDE. En queue de peloton, sans aucun doute.

« 60 % des professeurs d’EPS sont des professeurs principaux »

Cette situation est d’autant plus étonnante que l’appétence des jeunes pour le sport est réelle, dès lors qu’ils franchissent les grilles de l’école. Les clubs de sport constituent le « 3e lieu d’éducation après la famille et l’école. Le mercredi après-midi, un quart des enfants de 10 ans sont sur un terrain de football », relève l’étude. Et, même au sein de l’école, le sport se voit reconnaître une place à part, alors que « plus de 60 % des professeurs d’EPS sont des professeurs principaux. » En grande partie parce qu’ils sont considérés comme ceux qui connaissent le mieux les élèves et savent établir un bon contact avec eux.

Dès lors, pourquoi ne pas aller plus loin et y voir un gisement de compétences essentielles en matière d’éducation ? Telle est « l’évolution copernicienne » à laquelle appelle Vers le Haut. Le laboratoire d’idées propose d’élaborer une « stratégie d’éducation par le sport » qui passe notamment par « la présence d’éducateurs sportifs auprès des enseignants ». Pour cela, Vers le Haut préconise de créer un véritable corps d’éducateurs sportifs capables d’intervenir en binôme avec les enseignants.

Un réel statut à même de mieux les intégrer dans l’école

Irréaliste à l’heure des coupes budgétaires ? Pas forcément, si l’on en croit Guillaume Prévost, le délégué général de Vers le Haut. « Déjà 250 000 personnes interviennent dans les établissements sans être professeurs, fait-il valoir. Ils sont surveillants, AESH ou Atsem en maternelle. Ils constituent le deuxième bataillon de l’Éducation nationale. » Dès lors, il propose de mieux les former, et de leur donner un réel statut à même de mieux les intégrer dans l’école, « de la même façon que les Atsem, que plus personne ne songe à appeler “dames de service” comme autrefois, sont devenues indispensables en maternelle ».

Concrètement, ces éducateurs sportifs, recrutés en CDI pourraient devenir professeurs à terme. Avant cela, les enseignants seraient leurs encadrants. « Un prof de math de 4e pourrait demander à un éducateur sportif de prendre la moitié de sa classe pendant qu’il explique la notion de repère cartésien. L’éducateur sportif pourrait, pendant ce temps-là, organiser une partie d’échecs géants dans la cour, qui n’est autre qu’une application concrète de la notion mathématique. »

Le précédent de la réforme des rythmes scolaires

L’idée n’est pas pleinement nouvelle. Déjà, la loi de 2014 sur la refondation de l’école portée par le ministre de l’éducation nationale de l’époque Vincent Peillon allait dans ce sens, rappelle Guillaume Prévost. « La réforme des rythmes scolaires partait déjà du constat que garder des enfants assis huit heures par jour n’avait aucun sens, et que l’accès aux activités culturelles et sportives des enfants était très corrélé au niveau de revenu des parents. L’idée, à l’époque, était de réinvestir le champ du périscolaire au nom de l’égalité des chances ; les animateurs prenant le relais des professeurs à partir de 15 h 30. »

Or la réforme avait tourné court, « du fait d’une culture professionnelle trop différente, entre les animateurs d’un côté et les enseignants de l’autre. Nous proposons donc au fond, de revenir à l’ambition initiale en créant les conditions d’un dialogue possible entre ces deux métiers. »



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