Le temps maussade peut-il sauver les nappes phréatiques d’une sécheresse cet été?



Au 1er mai, 65% des nappes phréatiques avaient un niveau au-dessus des normales dont 21% avec des niveaux conséquents.

Cette dernière semaine de mai s’est soldée par un temps frais et pluvieux sur une grande partie de l’Hexagone, à l’image de l’ensemble du mois et du printemps 2024 plus généralement.

“Avec cet air froid d’altitude, les températures maximales dans la moitié du nord du pays sont en dessous des normales de saison entre -2°C et -5°C. À cela s’y rajoute de fréquentes averses”, note Météo France sur X ce mercredi 29 mai.

En cause? Une nouvelle goutte froide qui s’est imposée sur la France cette semaine.

“La goutte froide, c’est une dépression d’altitude”, expliquait Marc Hay, journaliste, spécialiste météo et climat pour BFMTV le 20 mai dernier. “L’air très froid en altitude et l’air plus chaud dans les basses couches provoquent une instabilité”.

Un record mensuel de précipitations battu à Strasbourg

Résultat, le mois de mai 2024 est pour le moment le troisième mois de mai le plus pluvieux après mai 1971 et 1985. Strasbourg a d’ailleurs battu un record mensuel de précipitations depuis 1922, date d’ouverture de la station météorologique du jardin botanique où a été faite cette observation. 220,5mm de pluie ont été relevés dans cette station entre le 1er et le 27 mai. Un nombre qui pourrait encore augmenter étant donné que d’importants cumuls de pluie étaient attendus ce mercredi.

À Toulouse, entre avril et mai, 117mm de pluie sont tombés à la station Toulouse-Blagnac contre 46,4 mm entre ces deux mois en 2022.

Le déficit d’ensoleillement est également conséquent par endroit. Par exemple, à Paris, il y a eu 106 heures de soleil entre le 1er et le 20 mai alors que la normale pour ce mois printanier est de 201 heures. De même à Biarritz ou encore à Nice où il y a eu respectivement jusqu’ici 93 heures et 163 heures d’ensoleillement contre 200 heures et 270 heures normalement attendues sur le mois. On note également un déficit de 45% à Lille.

65% des nappes phréatiques au-dessus des normales

Si les pluies localement orageuses ont parfois provoqué des inondations et si les cultures sont par endroit affectées, ce mauvais temps aura au moins permis de recharger les nappes phréatiques. Après plusieurs mois pluvieux, leur niveau est au-dessus des normales sur la majorité du territoire. Au 1er mai, 65% des nappes étaient au-dessus des normales dont 21% avec un niveau “très haut” d’après le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Au 1er mai, 22% des nappes restaient toutefois sous les normales mensuelles. C’est dans les Pyrénées-Orientales que la situation reste la plus compliquée avec des niveaux très bas.

“La recharge 2023-2024 a été nettement excédentaire sur la quasi-totalité des nappes et les pluies du printemps ont permis de maintenir la recharge active”, explique le service géologique national sur son site.

“La situation est plus favorable que celle observée l’année dernière, en avril 2023, où 68% des niveaux se trouvaient sous les normales mensuelles”, ajoute le BRGM en précisant que “seules les nappes des Pyrénées-Orientales et de Corse conservent des niveaux plus bas qu’en avril 2023”.

Alors que le printemps météorologique touche à sa fin, la recharge aussi. “Le mois de mai est une période de transition vers la vidange. Cela veut dire que les pluies à venir atteindront de moins en moins les nappes […] car la végétation sort de sa dormance et en absorbe une grande partie”, explique le service géologique sur X.

“Il y aura donc moins d’eau qui s’infiltrera en profondeur. Et les niveaux auront tendance à baisser”, précise-t-il.

Le niveau des nappes établi au 1er mai n’écarte pas pour autant le risque d’une sécheresse estivale. D’autant plus que Météo France anticipe des températures au-delà des normales cet été, avec notamment des conditions plus sèches dans le Sud-Ouest et sur le pourtour méditerranéen. Ce qui pourrait venir fragiliser les nappes.

Juliette Brossault, Christophe Person et Julien Rifflet



Lien des sources