Le Visa d’or humanitaire a été décerné à un reportage photo sur les réfugiés de l’est de la RD-Congo


« Cela représente cinq ans de ma vie ! » À l’annonce de son prix, l’émotion était palpable dans la voix de Hugh Kinsella Cunningham, joint par téléphone à Goma. Distingué par le jury de la 14e édition du prix Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), son reportage photographique documente le quotidien des populations civiles chassées par l’intensification des combats entre le groupe armé du M23 et les forces congolaises dans le Nord-Kivu.

Avec plus de 5,6 millions de personnes déplacées dans l’est de la RDC, dont 2,5 millions dans le Nord-Kivu, la crise humanitaire est dévastatrice. En périphérie de Goma, plus d’un million de civils fuyant les affrontements ont cherché refuge dans d’immenses camps de déplacés. Dans ces camps surpeuplés faits de bâches en plastique, la sécurité n’est pas assurée non plus : conditions sanitaires insalubres, accès aléatoire à l’eau potable, manque de nourriture, épidémies, circulation d’armes, criminalité, agressions sexuelles… Violence et insécurité sont le lot quotidien des déplacés.

Une population prise en étau

Depuis le début de l’année, l’intensification des combats a fait de nombreuses victimes civiles, victimes de tirs croisés d’artillerie de plus en plus lourde, tirs de grenades, roquettes, mortiers aux abords des camps, et parfois même en leur sein. En mai dernier, le camp de Mugunga, situé à une quinzaine de kilomètres de Goma, a été la cible de bombardements du M23 visant les pièces d’artillerie installées par l’armée à proximité du camp et des zones habitations, faisant 35 morts parmi les civils.

À l’occasion de l’anniversaire de la création en 1949 de la 4e Convention de Genève protégeant les populations civiles, « Le sort des civils dans les conflits armés » était précisément la thématique retenue pour cette 14e édition du Visa d’or humanitaire du CICR. Entre des sujets sur l’Ukraine, Gaza, Israël, le Myanmar (Birmanie), le Soudan, le choix du jury fut difficile.

« Un consensus est apparu autour du travail de Hugh Kinsella Cunningham, indique Jean-François Corty, président de Médecins du monde et membre du jury. Les civils y paient un lourd tribut depuis de nombreuses années et les humanitaires sont aussi à la peine pour être au plus proche des besoins. C’est le travail journalistique d’un photographe qui a mouillé la chemise, qui a été au plus proche des civils et des acteurs humanitaires. »

Un photojournaliste engagé

Photographe indépendant, régulièrement publié dans la presse anglo-saxonne, Hugh Kinsella Cunningham, passionné par les droits de l’homme, a choisi de documenter les conséquences sur les populations des crises et conflits et leur capacité à surmonter leurs traumas. Dans ce cadre, il travaille régulièrement sur le terrain avec différentes ONG.

Installé depuis cinq ans en RDC, le reporter tout juste trentenaire explore la complexité de cette crise, qui mêle conflits armés, crises sociales, sanitaires, économiques, politiques et aléas climatiques. Il suit depuis deux ans la résurgence du conflit dans le Nord-Kivu, dont l’accès à la zone est extrêmement compliqué. « C’est un sujet important, un conflit vraiment négligé, peu documenté par les médias. Je suis très touché de savoir que davantage de personnes vont pouvoir être informées sur ce sujet », s’est réjoui Hugh Kinsella Cunningham.

Son travail sera exposé au festival du photojournalisme Visa pour l’image à Perpignan du 31 août au 15 septembre, avant de rejoindre les cimaises de la galerie parisienne Fait & cause à l’automne. Une partie de son travail « Nord-Kivu : dans l’étau d’un conflit » sera également exposé à la galerie Angalia à Paris, du 28 juin au 11 juillet.



Lien des sources