les droits de douane européens, une menace relative pour les constructeurs chinois


Sur le stand BYD du Salon de l’automobile de Pékin, en Chine, le vendredi 26 avril 2024.

Ligne Maginot plutôt que Grande Muraille. L’efficacité de la hausse des droits de douane imposés par l’Europe aux importations de voitures chinoises risque de se révéler au mieux temporaire, au pire marginale. Cette barrière tarifaire allant jusqu’à 38 % ne devrait compenser qu’une partie des avantages concurrentiels dont bénéficient les constructeurs venus de Chine, lesquels ont déjà engagé des stratégies de contournement.

Le dispositif annoncé par Bruxelles ne sera pas sans effet. Cependant, les coûts de production chinois sont tels qu’il faudrait relever les droits de douane de 50 % pour obtenir un véritable impact sur le marché européen, juge Rhodium Group. « Avec un taux de 30 %, plusieurs constructeurs chinois seront toujours en situation de générer de confortables marges bénéficiaires », assure ce groupe de réflexion américain.

A l’heure actuelle, un véhicule chinois commercialisé en Europe dégage une marge bénéficiaire plus que confortable. La berline Seal U de BYD, proposée à un peu plus de 21 000 dollars (environ 19 500 euros) en Chine, est facturée un peu moins de 42 000 euros en France et en Allemagne, un tarif qui reste tout à fait attractif face aux concurrents.

C’est une aubaine pour les constructeurs chinois, confrontés à d’importantes surcapacités et à un marché intérieur en proie à une intense guerre des prix. Profitant d’importantes subventions, ils peuvent d’autant plus facilement résister à l’augmentation des tarifs que leurs actionnaires ne leur imposent pas des conditions de rentabilité très exigeantes à court terme.

Encerclement

Bernard Jullien, professeur à l’université de Bordeaux et membre du réseau Expertises Climat, estimait que des droits de douane limités à 17 % suffisaient à mettre à l’abri les véhicules européens des segments B (Renault Clio) et C (Peugeot 308). « Cependant, l’effet de mesures protectionnistes risque de ne durer que deux ou trois années, car ce dispositif va accélérer le processus de fabrication de voitures chinoises en Europe, une concurrence directe bien plus redoutable », ajoutait l’économiste, rappelant que les marques japonaises et coréennes avaient vu leurs parts de marché décoller dès qu’elles avaient installé des usines sur le Vieux Continent.

Le relèvement des droits de douane n’est pas une surprise pour les groupes chinois, qui l’ont anticipé en s’organisant pour produire localement. BYD, numéro un mondial de la voiture électrique, va implanter une usine à Szeged, dans le sud de la Hongrie. Great Wall a racheté l’usine Nissan de Barcelone, où il envisage de produire 150 000 véhicules par an en 2029 et MG (groupe SAIC) annoncera prochainement le lieu d’implantation de sa future unité de production européenne.

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