« Les exigences des électeurs les plus âgés sont très élevées »



Le 9 juin 2024, les Français éliront leurs 81 députés européens. Dans un contexte inédit et plein d’incertitudes, ces élections s’annoncent décisives. Pourtant, elles ne semblent pas susciter un grand intérêt, faisant de la mobilisation des électeurs un enjeu majeur.

En 2019, plus d’un électeur sur deux s’était rendu aux urnes (50,6 %), le taux le plus élevé depuis 1994 (56,7 %). Si cette progression avait été permise par une mobilisation surprise d’une partie de la jeunesse, ce sont, comme traditionnellement, les tranches de la population les plus âgées qui s’étaient majoritairement déplacées aux urnes. En France, selon les études post-électorales menées par Verian (ex-Kantar public), 59 % des plus de 55 ans avaient voté (50,1 % de participation en France). À un mois du scrutin, dans quel état d’esprit sont ces électeurs ?

Une intention de voter « encore » majoritaire

À en croire les intentions d’aller voter, l’hypothèse d’une participation portée majoritairement par les électeurs les plus âgés semble la plus plausible. 60 % des Européens de 55 ans et plus se disent intéressés par ces élections, un score encourageant. En France, si ce score est plus faible (54 %), il reste bien supérieur à la moyenne française (47 %) et rend compte du plus grand intérêt des électeurs plus âgés pour les élections européennes.

Par conséquent, 74 % des 55 ans et plus déclarent qu’ils iront probablement voter aux européennes (71 % en moyenne). En France, nous observons une dynamique similaire, voire plus marquée, puisque 76 % disent aller voter, soit 10 points de plus que la moyenne des Français.

Plus mobilisés, mais plus critiques

Si les électeurs les plus âgés seront sans doute davantage mobilisés, ils constituent les électeurs les plus critiques vis-à-vis de l’Europe. C’est la tranche de la population qui a une moins bonne image de l’UE : seuls 43 % des 55 ans et plus Européens et 33 % des 55 ans et plus Français ont une image positive de l’UE…

La fragilité de ce capital d’image procède de plusieurs constats. D’abord, les plus de 55 ans sont les plus déçus des réponses apportées par l’UE aux défis auxquels nous sommes confrontés. De la crise du Covid aux enjeux migratoires, du changement climatique à l’invasion russe de l’Ukraine, l’UE déçoit. Cette population est aussi celle qui doute le plus de l’apport de l’UE à leur pays, considérant qu’ils n’ont pas vraiment bénéficié de l’appartenance au projet européen.

Une Europe qui protège

Dans cette campagne, les exigences des électeurs les plus âgés sont donc très élevées. Si les perceptions de l’UE et la mobilisation électorale diffèrent entre les générations, on assiste à un alignement des attentes et des aspirations. « Santé », « lutte contre la pauvreté » et « la défense et la sécurité » constituent le triptyque des enjeux majeurs de cette campagne.

Dans un contexte géopolitique inquiétant, l’UE reste plus que jamais attendue. Et, dans un sens, le fait qu’elle le soit encore reste rassurant.



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