les prisons françaises surexposées aux conséquences du dérèglement climatique


Un détenu de la prison de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), le 5 juillet 2023.

Des cellules où le thermomètre grimpe jusqu’à 39 °C, comme à la prison de Nîmes à l’été 2022. D’autres où il est impossible de prendre une douche en journée lors de fortes chaleurs, comme à Dunkerque. Ce sont quelques exemples de la « double peine » qui touche les détenus français : les prisons de l’Hexagone comme des outre-mer ne sont pas préparées aux conséquences d’un dérèglement climatique qui s’aggrave. Canicules, inondations, incendies : elles y sont pourtant particulièrement vulnérables. Voilà les conclusions d’une vaste étude publiée par l’ONG Notre affaire à tous, jeudi 11 juillet, la première jamais réalisée sur cet enjeu en France.

« Cette surexposition aux risques climatiques et environnementaux crée des violations des droits humains pour les détenus, mais aussi pour leurs familles et les personnels pénitentiaires. Elle constitue par ailleurs un obstacle majeur aux chances de réinsertion à la sortie de prison », prévient Chloé Lailler, juriste spécialiste en droits humains et coordinatrice du rapport à Notre affaire à tous, qui juge que les prisons sont « l’angle mort » des politiques environnementales. L’administration pénitentiaire, de son côté, indique au Monde avoir lancé un « projet de prospective » afin d’identifier les « besoins et moyens possibles d’adaptation des établissements pénitentiaires » dans le cadre du prochain plan national d’adaptation au changement climatique.

« On est tellement loin de l’adaptation au changement climatique dans les prisons… Elles sont dans un tel état, avec tellement de monde et tant de malheur, que rien ne peut se produire de bien », juge Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.

Menace globale

Pendant deux ans, Notre affaire à tous a passé au crible les 188 établissements pénitentiaires français, qui accueillent près de 78 000 détenus. L’ONG a croisé leur localisation avec l’évaluation de neuf risques climatiques et environnementaux auxquels les prisons sont exposées (vagues de chaleur, pollution des sols, etc.), ainsi que huit « facteurs aggravants », comme la surpopulation carcérale, la vétusté des bâtiments ou des problèmes d’accès à l’eau, qui renforcent la vulnérabilité des détenus. « On avait jusqu’à présent une connaissance empirique, intuitive. Ce rapport vient documenter le sujet de manière clinique », se félicite Vincent Delbos, magistrat honoraire, membre du comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe. L’étude, assortie d’une fiche détaillée pour chacun des établissements, appelle à « prioriser leur fermeture, leur réfection ou leur aménagement ».

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