L’État français tente de sauver le nickel néo-calédonien


Le groupe Glencore a annoncé sa décision de se désengager de son usine de Koniambo.

C’est la douche froide en Nouvelle-Calédonie. Le groupe Glencore entérine sa décision de se désengager de l’usine de Koniambo Nickel (KNS). «Après plusieurs semaines de discussions entre la SMSP, Glencore, la direction de Koniambo Nickel et l’État, aucune solution alternative de financement acceptable par Glencore n’a pu être trouvée», justifie le géant suisse.

Le groupe avait en effet évoqué cette éventualité dès septembre. Le gouvernement s’était rapidement emparé du sujet, tant le dossier est sensible. Cette usine au nord du Caillou a été pensée pour rééquilibrer les emplois et la richesse entre les deux parties de l’île, la partie septentrionale étant moins développée. Pas question donc pour le gouvernement local, comme pour la métropole, de laisser faire. Glencore, qui avait racheté la participation de Xstrata dans KNS en 2013, explique, lui, «ne plus pouvoir financer les pertes (dans KNS) au détriment de ses actionnaires». Si 51 % de l’usine est détenue par la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), elle-même essentiellement détenue par la province Nord de l’archipel, le géant des matières premières en est actionnaire à 49 %. Mais il en finance l’essentiel. En dix ans, Glencore estime avoir dépensé plus de 4 milliards de dollars et «plus de 9 milliards depuis le début du projet». «Même avec l’aide proposée, KNS reste non rentable.» Et a accumulé 14 milliards d’euros de dette.

Manque de compétitivité

Dans le cadre de négociations menées depuis plusieurs mois avec Glencore, l’État français a proposé une série de mesures, dans un premier temps, sous la forme de soutiens financiers. Elles comportaient une subvention au prix de l’énergie de l’ordre de 60 millions d’euros pour KNS, ainsi que la possibilité pour la société d’exporter du minerai brut. Défendant la transformation du minerai sur place, la doctrine prônée par les indépendantistes empêche l’exportation du minerai brut, une activité pourtant rentable.

Cette mesure dérogatoire devait permettre au groupe de dégager 35 à 40 millions d’euros par an de ressources complémentaires. La somme devait permettre de compenser le manque de compétitivité du site néo-calédonien face à la concurrence indonésienne, qui produit du nickel dans des conditions environnementales et sociales moins strictes que sur le Caillou. Enfin, l’État avait proposé de mettre en place un prêt de 100 millions d’euros pour les besoins de financements résiduels. Pas de quoi faire fléchir le groupe suisse, ancré dans sa décision.

Glencore a néanmoins annoncé quelques mesures plus consensuelles, comme le maintien de l’emploi et des salaires de tous les 1300 employés locaux de Koniambo Nickel pendant six mois et la mise sous cocon des installations. La mesure consiste à maintenir les installations «à chaud», même si elles ne sont pas utilisées, et ce pendant six mois. De quoi faciliter un éventuel redémarrage. Cette phase de transition doit permettre aux parties prenantes de trouver un repreneur. Mais, là aussi, le dossier est épineux.

Le nickel fait partie de la liste des métaux critiques établie par l’Union européenne. Il entre notamment dans la composition des batteries dont l’industrie va avoir besoin pour assurer la transition énergétique, qu’il s’agisse de véhicules électriques ou de stockages de plus grande ampleur. Or, parmi les repreneurs naturels pourraient figurer des groupes chinois.

Il faut un « repreneur crédible avec un projet rentable qui soit porté par un industriel »

Le cabinet de Bruno Le Maire

Dans le cadre de l’Accord Nickel, encore en cours de discussion avec les parties prenantes, le gouvernement appuie la recherche d’un repreneur pour le site, avec «deux limites», fait savoir le cabinet de Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie. Il faut un «repreneur crédible avec un projet rentable qui soit porté par un industriel». Fonds d’investissement, s’abstenir.

Décarboner l’électricité

L’Accord Nickel porte une vision commune entre les acteurs locaux et l’État, fondée sur une exploitation rentable du métal blanc en Nouvelle-Calédonie. Cela passe par une maximisation de la valeur ajoutée créée sur place, lors des opérations d’extraction mais aussi de raffinage du minerai. Ce dernier doit aussi servir à approvisionner l’Europe, ce qui n’est pas encore le cas. L’accès à la ressource doit aussi être amélioré, avec une révision des règles d’exploitation et d’exportation, afin d’améliorer la compétitivité des usines qui traitent localement le minerai.

Une mission d’expertise a aussi été mise en place, en accord avec la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, afin de définir les infrastructures énergétiques dont le territoire aurait besoin pour décarboner son électricité et en baisser les coûts. Le point est absolument fondamental pour cette industrie électro-intensive. Les trois usines métallurgiques traitant le nickel extrait sur l’archipel (dont celle de KNS) sont dans le rouge. La piste de l’installation d’un petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) est régulièrement évoquée par les membres du gouvernement. Mais rien ne peut être envisagé avant 2030 – au plus tôt – puisqu’il faut encore développer cette technologie! Dans l’intervalle, d’autres solutions doivent être trouvées. Ce qui est difficile. Au vu des besoins en électricité du secteur, les renouvelables seuls ne sont, en l’état actuel de l’art, pas en mesure d’y pourvoir.



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