L’unique cinéma parisien avec le dernier Polanski déprogramme le film en catastrophe


Le directeur du Studio Galande explique «avoir été piégé» par le distributeur de The Palace. À la seule séance maintenue, des manifestants se sont présentés devant le cinéma. Ainsi que le distributeur, très mécontent.

«Je n’étais pas au courant de ces histoires autour de Polanski.» Le directeur du cinéma Studio Galande, dans le Ve arrondissement de Paris, Hicham Benmohammed, est l’unique professionnel qui avait programmé à Paris des séances du nouveau film de Roman Polanski, The Palace . Mais, dans l’après-midi, son directeur nous a annoncé qu’il déprogrammait finalement le film. Hicham Benmohammed assure ne pas être au courant des affaires judicaires de Roman Polanski. Il considère que c’est «une faute professionnelle», «faute d’inattention» de l’avoir programmé. Il explique même «avoir été piégé» par le distributeur qui lui «a bien vendu le film».

«Je vais tout annuler», finit-il par expliquer, très embarrassé. Mais cette décision étant prise dans l’après-midi, alors que The Palace est programmé, il s’est réservé la possibilité de ne maintenir qu’une seule séance, le soir même. Si les spectateurs se présentent en nombre à la séance de 20h, «par respect pour le public», il ne les renverra pas chez eux.

«Polanski, ce n’est pas un problème ?»

Peu avant 20 h, ce sont surtout des manifestants que l’on remarque devant le cinéma. Munies de banderoles et de pancartes, les onze femmes et un homme ont hué chaque spectateur entrant, scandant «on vous voit violeurs» ou encore «on te croit Lewis », référence à l’actrice Charlotte Lewis, qui accuse le réalisateur de viol. Sur leur bannière principale, le scénariste a été rebaptisé «Violanski». «Qu’est-ce que vous voulez qu’on vous dise ?, explique l’une d’elles. On va vous dire que c’est nul qu’il soit programmé, qu’il a été reconnu coupable, et que vu que c’est Polanski ce n’est pas un problème?» En 1977, le réalisateur avait été condamné à 90 jours de prison après avoir plaidé coupable de relations sexuelles illicites avec une mineure de 13 ans, Samantha Geimer. Depuis, les États-Unis ont demandé à plusieurs reprises qu’il soit extradé pour comparaître à nouveau.

Pas de quoi refroidir ceux qui sont venus voir le film. Le cinéma a finalement vendu 45 places, plutôt une bonne soirée pour la petite salle. Le public, pour l’essentiel la soixantaine, se réjouit qu’au moins une salle ait mis à l’affiche The Palace. Joëlle et Régis, des voisins du cinéma, se sont précipités dès 19h30 pour prendre leurs places. «J’aime beaucoup Polanski, c’est un bon cinéaste.» Malgré les critiques assez peu encourageantes, ils ont préféré «se faire (leur) propre avis». Maxime, la quarantaine, est venu exprès d’Issy-les- Moulineaux. Il considère qu’«il y a tellement de gens qui travaillent à la production du film, il faut penser qu’ils ne sont pas Polanski». Alexis, lui, est venu par «simple curiosité», alors qu’il flânait dans le Quartier latin.

Dernier film de Roman Polanski, The Palace, avait été présenté hors compétition à la Mostra de Venise en septembre. Selon notre journaliste, Étienne Sorin, la satire des ultra-riches du cinéaste controversé est un ratage monumental. Et il n’avait pas trouvé de distributeur pour une sortie en salles jusqu’à ces dernières semaines. «Je ne comprends pas la cabale autour de Polanski, cinéaste âgé de 90 ans, qui vit à Paris et est toujours en activité», avait expliqué Sébastien Tiveyrat, à la tête de Swashbuckler Films en annonçant qu’il s’attelait à la tâche «Il n’était pas concevable pour moi qu’une œuvre de ce génie du cinéma reste invisible en salle en France», avait-il expliqué à l’époque sans avoir vu le film.

Une «bonne publicité» pour la salle

À la sortie de la séance, les manifestants se sont envolés et l’essentiel du public semble plutôt content de sa soirée. Mais un homme ne cache pas sa colère. Apprenant la déprogrammation du film et après avoir eu un échange téléphonique avec Roman Polanski, Sébastien Tiveyrat est venu sur place pour une explication avec le gérant de la salle. Le distributeur crie au scandale, explique que la salle va perdre de l’argent avec cette décision et argue même que c’est une «bonne publicité» pour ce petit cinéma d’art et d’essai. Mais Hicham Benmohammed n’en démord pas : le film ne sera pas projeté une seconde fois chez lui.

Roman Polanski, âgé de 90 ans, est accusé de viols et agressions sexuelles par une dizaine de femmes au total. Accusations qu’il nie en bloc. Alors que le 77e festival de Cannes vient de démarrer et que la nouvelle vague Metoo déferle sur la Croisette et dans le milieu du cinéma plus largement, l’homme est devenu l’un des symboles des violences faites aux femmes, tandis qu’un voile trouble recouvre désormais sa filmographie. En 2020, il avait reçu son cinquième César pour son film J’accuse, lors d’une cérémonie mémorable placée sous le signe du féminisme et de la colère. Cette semaine, alors qu’il était poursuivi en diffamation par l’actrice britannique Charlotte Lewis, Roman Polanski a été relaxé par le tribunal judiciaire de Paris. Il avait qualifié «d’odieux mensonges» les accusations de viols de l’actrice.



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