Madagascar opte pour la castration physique des violeurs d’enfants


LETTRE D’ANTANANARIVO

Une affiche de l’ONG Nifin’Akanga, contre le viol et la pédophilie, dans une rue d’Antananarivo, en juillet 2023.

Madagascar est désormais l’un des pays les plus répressifs au monde contre les violeurs d’enfants. Vendredi 23 février, dans une décision qui n’est pas susceptible de recours, la Haute Cour constitutionnelle (HCC) de la Grande île a estimé qu’il était nécessaire d’instaurer la castration chirurgicale des auteurs de viols contre des mineurs. La sanction doit désormais être « toujours » prononcée dès lors que l’enfant a moins de 10 ans et sera laissée à l’appréciation des juges pour les victimes plus âgées.

Saisis pour examiner la conformité du projet de loi adopté début février par le Parlement, les magistrats sont allés au-delà de la sévérité voulue par le président de la République, Andry Rajoelina. Le texte soumis prévoyait d’introduire dans le code pénal une peine de castration chimique ou chirurgicale. Jusqu’à présent, les auteurs de viols sur mineur de moins de 15 ans étaient passibles de peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à la perpétuité. Une sentence toutefois rarement infligée.

Mais la HCC a jugé contraire à l’objectif de la loi de conserver la gradation des peines selon l’âge des victimes. « La castration chimique ayant un caractère temporaire et réversible », elle entre en contradiction avec la volonté de « neutraliser définitivement les prédateurs sexuels et de diminuer le risque de récidive ». La ministre de la justice, Landy Randriamanantenasoa, qui avait justifié l’initiative du gouvernement par la nécessité de lutter contre la recrudescence des viols, n’a pas réagi à la décision de la HCC.

« Une culture du viol »

Le choix du gouvernement de miser sur une sanction censée être dissuasive pour les agresseurs potentiels est loin de faire l’unanimité parmi les associations d’aide aux victimes, qui n’ont pas été consultées sur cette révision du code pénal. « Cette réponse est inadaptée. Elle banalise l’image stéréotypée du violeur isolé, incapable de contrôler ses pulsions sexuelles. Mais la réalité n’est pas celle-là. Il existe à Madagascar une culture du viol qui s’exerce au sein des foyers, dans l’entourage proche des enfants et des adolescents. Elle traduit des rapports de domination que l’on préfère taire au nom d’une prétendue cohésion de la société malgache, déplore Marie-Christina Kolo, qui a créé le mouvement Women Break the Silence. Les victimes, surtout lorsque ce sont de jeunes enfants, n’osent pas dénoncer leur agresseur et les familles préfèrent souvent trouver des arrangements sous forme de compensation financière plutôt que d’aller porter plainte devant la justice, en laquelle elles n’ont de toute façon pas confiance. »

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