« Nous avons fini par nous habituer »


Un an après son retour dans la ville de Kharkiv, qu’il avait quittée au début de l’invasion russe, en février 2022, Nazaar Gorbatovskyi songe de nouveau à se réfugier dans l’ouest du pays. Mardi 15 mai, alors que le jeune homme de 21 ans se trouvait hors de chez lui, son immeuble du quartier central de Chevtchenkivskyi, à Kharkiv, a été frappé par un bombardement russe, au milieu de l’après-midi. Par chance, son appartement n’a pas été touché.

Cela fait plusieurs mois que la deuxième plus grande ville du pays est la cible quasi quotidienne de frappes russes avec des drones, missiles et bombes planantes guidées. Depuis vendredi 11 mai, une menace encore plus grande est venue s’ajouter aux angoisses des habitants, avec le déclenchement d’une nouvelle offensive armée sur cette région limitrophe de la Russie.

« Certaines personnes sont déjà parties et d’autres pensent à le faire », assure Nazaar Gorbatovskyi, qui reste toujours indécis sur la décision qu’il prendra. Tout dépendra de l’avancée des forces russes. « S’ils se rapprochent suffisamment pour pouvoir nous frapper avec leurs systèmes d’artillerie, alors je pense que les gens partiront. »

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Kharkiv, sous le feu russe des missiles et de la désinformation

Les forces armées de Moscou ont capturé plusieurs villages dans les zones frontalières, faisant des percées jusqu’à 8 km dans le territoire ukrainien. Mercredi, alors que l’armée de Kiev avait annoncé avoir dû se replier de deux zones dans ces territoires, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé dans son adresse à la nation que les soldats de Kiev avaient « réussi à partiellement stabiliser la situation ». Le même jour, le chef de l’Etat a également annoncé avoir reporté tous ses voyages internationaux en raison de la situation dans la région.

Un immeuble du centre-ville de Kharkiv (Ukraine) touché par une bombe russe qui a fait au moins vingt blessés, le 15 mai 2024.

Des écoles souterraines en cours de construction

Cette offensive se déroule à un moment opportun pour le Kremlin, alors que l’armée de Kiev souffre d’un manque de soldats et de munitions en raison des retards dans l’aide militaire occidentale. La nouvelle poussée russe sur les territoires frontaliers de la région est vue par de nombreux experts comme une manière pour le Kremlin de disperser des troupes affaiblies qui peinent à contenir les assauts le long du reste de la ligne de front. Mercredi, les autorités de Kiev ont confirmé que des renforts avaient été envoyés pour faire face à cette nouvelle offensive.

Les habitants de Kharkiv observent les informations avec inquiétude, sans pour autant se décider pour le moment à évacuer en masse. Mercredi 15 mai, les rues et les restaurants, bars et magasins étaient toujours remplis. Les transports en commun fonctionnaient. Lundi, 620 écoliers de la première école souterraine construite par la municipalité ont même fait leur rentrée. Compte tenu de la proximité avec la frontière russe, les écoles de la ville sont obligées de disposer d’abris aux normes afin de rester en sécurité en cas de bombardements. Plusieurs écoles souterraines sont en cours de construction, mais la majorité des élèves étudient à distance.

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