Patrick Arlettaz, ancien entraîneur de l’USAP : « Jouer le maintien c’est psychologiquement usant »



En 2022 et 2023, l’USAP de Patrick Arlettaz s’était sauvée lors des barrages d’accession contre Mont-de-Marsan (16-41) puis Grenoble (19-33) sans rien changer à sa philosophie de jeu. Dans les deux cas, les fins de saisons avaient été synonymes de stress extrême avant une libération encore plus intense. Désormais entraîneur de l’attaque des Bleus, le technicien de 52 ans, qui a aussi connu la relégation avec le club catalan en 2014 (en tant qu’adjoint), a accepté de livrer ses clés pour bien aborder cette dernière ligne droite.

« Comment vit-on la course au maintien quand on est manager ?
C’est un métier qui prend tout le temps la tête mais quand on joue le maintien, on est évidemment conscient des enjeux énormes. Une descente est quelque chose de traumatisant. Ça impacte tout le monde, des salariés aux supporters en passant bien sûr par les joueurs et leurs familles. Ça engage vraiment l’ensemble du club. Le plus compliqué est de ne pas se crisper contre des formations plus libérées. La pression est énorme.

Comment fait-on justement ?
On doit savoir où on veut aller et comment on veut y aller. Il faut s’y préparer suffisamment tôt pour ne pas que ça devienne trop anxiogène. On doit être rassurant et très honnête sur la situation. Surtout, il faut donner un chemin clair à ses joueurs, qu’ils soient en confiance et qu’ils soient persuadés de la méthode. Ce n’est pas le moment de changer de cap. Avec Perpignan, on avait pris le pari important de s’en sortir par le jeu en étant maître du ballon et de la possession. On s’était aussi préparé au fait que nous ne pouvions pas lutter sur tous les matches et qu’il fallait faire des choix.

« Tous se disent qu’ils jouent le maintien mais entre se le dire et le digérer pour que ça ne se joue pas sur vos qualités, c’est là toute la problématique »

Quel regard portez-vous sur la course au maintien actuelle ?
C’est très ouvert. Tous les ans, deux ou trois clubs sont toujours prédestinés à être à peu près dans ce niveau-là avec aussi possiblement une ou deux surprises. Aujourd’hui, c’est un peu différent avec une seule descente par saison en Pro D2 sur les deux dernières années. L’USAP a joué les trublions et a pu s’installer alors que toutes les autres équipes sont habituées à jouer le Top 14 depuis longtemps.

Seul Oyonnax, promu l’été dernier, était davantage prédestiné à vivre cette situation. Aucun des autres clubs qui jouent le maintien s’était préparé à vivre ça avant le début de saison. Montpellier ne pouvait pas s’imaginer être avant-dernier. Jouer le maintien, c’est psychologiquement usant. Ça vous prend aussi de la confiance qui est pourtant nécessaire pour jouer les matches. Tous se disent qu’ils jouent le maintien mais entre se le dire et le digérer pour que ça ne se joue pas sur vos qualités, c’est là toute la problématique. La course au maintien est difficile mais le barrage d’accession, c’est encore plus terrible.

Pourquoi ?
Le club de Top 14 a tout à perdre et celui de Pro D2 tout à gagner. La pression est très déséquilibrée. C’est aussi terrible à vivre pendant le match notamment parce que vous jouez sur le terrain de l’équipe de Pro D2. Et l’analyse durant la rencontre est totalement faussée. Par exemple quand on est allé à Grenoble l’an dernier, à chaque fois qu’on faisait une action intéressante sans marquer, le public estimait que notre adversaire avait fait une super séquence défensive. Et inversement, quand Grenoble faisait trois passes et une avancée de vingt mètres, le stade avait l’impression qu’ils avaient marqué un essai de 120 mètres. On se pose alors plein de questions.

L’approche de ce barrage est-elle vraiment particulière ?
Bien sûr. Vous devez d’abord digérer le dernier match du Championnat qui aurait peut-être pu vous permettre de finir douzième. Puis vous devez très vite vous plonger à fond sur ce match d’accession pour rester en Top 14. Ces semaines-là sont terribles. À Perpignan, ça nous a bien réussi mais le groupe avait déjà cette culture des matches à élimination directe et des grosses pressions.

Qui voyez-vous terminer à la treizième place ?
Je ne fais pas de pronostic même si j’ai bien mon idée. Je ne veux pas me fâcher avec tout le monde ! (Rire) De toute façon, c’est très difficile à dire. On y verra déjà peut-être plus clair après les matches de ce week-end qui seront très, très importants. »



Lien des sources