pourquoi les institutions juives dénoncent un accord « infâme »



« La France insoumise a fait de la haine des juifs son fonds de commerce électoral : s’allier avec LFI, c’est composer avec l’antisémitisme. » À l’image d’autres instances de représentations juives en France, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, a vivement dénoncé l’alliance entre écologistes, socialistes, communistes avec La France insoumise (LFI), actée lundi 10 juin, sur le principe de candidatures uniques pour les prochaines élections législatives.

Un accord fragile, puisque ce mardi matin, l’eurodéputé socialiste Raphaël Glucksmann menace d’ores et déjà, selon l’Opinion, de quitter l’alliance, qu’il considère s’être nouée « aux dépens de (ses) principes fondamentaux ».

« LFI a choisi de sacrifier la sécurité des Français juifs »

Les prises de position des organisations juives témoignent, encore une fois, des relations extrêmement dégradées qu’elles entretiennent, depuis le 7 octobre, avec le mouvement d’extrême gauche. La formation politique a fait du conflit entre Israël et le Hamas un thème central de sa campagne pour les élections européennes.

« LFI a choisi de sacrifier la sécurité des Français juifs, en attisant les discours de légitimation du Hamas – certains de ses membres, comme la députée Danièle Obono, le qualifiant même de “mouvement de résistance”, – alors que le Hamas porte une idéologie terroriste, islamiste et antisémite », expose Yonathan Arfi, pour qui ces propos ont alimenté l’explosion des actes antisémites en France.

Selon une enquête de l’Ifop pour Le Point, publiée le 6 juin, pour 92 % des Français de confession juive, La France insoumise serait devenue le premier parti à faire monter l’antisémitisme en France, suivi par EELV (60 %), le RN n’arrivant qu’en troisième position (49 %).

Le président du Crif dénonce aussi l’élection sur la liste LFI des européennes de la juriste militante propalestinienne Rima Hassan, qui plaide pour la création d’un État unique pour les Israéliens et les Palestiniens. « Rejeter le droit à l’existence d’Israël est antisémite. On en arrive aujourd’hui à devoir défendre de nouveau le droit d’exister pour Israël », s’indigne-t-il. Pour autant, Yonathan Arfi appelle également à faire barrage à l’extrême droite pour les prochaines élections législatives. « On ne compose pas avec les extrêmes quels qu’ils soient. Quand bien même le RN ne serait plus antisémite, il reste populiste et anti-républicain », tranche-t-il.

Passes d’armes régulières entre Jean-Luc Mélenchon et le Crif

C’est loin d’être la première passe d’armes entre le Crif et LFI, Jean-Luc Mélenchon estimant, en octobre, que l’organe obligeait « tout le monde à s’aligner sur la position du gouvernement d’extrême droite israélien » et accusant son président Yonathan Arfi de porter des idées « d’extrême droite ».

D’autres organes de représentation juifs ont également dénoncé l’accord des partis de gauche avec LFI : « Front populaire, 1936 : alliance républicaine contre l’antisémitisme. Front populaire, 2024 : alliance honteuse avec l’antisémitisme », a affirmé l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) qui était allée manifester lundi contre la possibilité d’un accord avec LFI. « Quelle indignité ! », a également déploré le président du Fonds social juif unifié (FSJU), Ariel Goldmann, selon qui « le plat de lentilles du Parti socialiste d’Olivier Faure, c’est une alliance avec un parti pro-Hamas ».

Pour le Collectif Nous vivrons, fondé après l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre, « cet accord est une honte » car « la lutte contre le RN ne justifie aucune alliance avec des antisémites ». La Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme) a de son côté déploré un PS « oublieux de sa propre histoire, de sa culture politique et de ses combats humanistes ». « Cela méritait bien un pied de nez à l’Histoire, au Front populaire, le vrai, et à son leader, le juif Blum. »



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