Publicités, données… Les appli qui promettent de gagner de l’argent en ne faisant “rien” sont-elles vertueuses?


Gagner de l’argent en faisant des choses que l’on fait déjà au quotidien, qui n’en rêve pas? Des applications rendent cela possible. Certaines ont des intentions vertueuses, d’autres moins. Décryptage d’un phénomène.

Cuisiner, prendre son plat en photo et gagner de l’argent, sans être ni un marmiton hors pair, ni un photographe professionnel. L’idée semble improbable, c’est pourtant ce que propose une application, Coco Cooking, lancée il y a un an et qui a annoncé, mercredi 15 mai, nouer un partenariat avec Carrefour Belgique.

Le résultat d’un engouement porté par le réseau social Tiktok, où pleuvent les mini-vidéos de personnes partageant leurs bons plans en cuisine et où Coco a trouvé nombre de ses adeptes. Aujourd’hui, elle revendique 1 million de téléchargements.

Comme sur un réseau social à part entière, la communauté d’utilisateurs partage des photos de repas et commente les réalisations des autres. Chaque photo partagée permet de remporter des points, convertibles en une somme d’argent.

Une vitrine pour les marques

Un système financé par des partenariats avec les enseignes et les marques de l’industrie agro-alimentaire, qui y ont vu l’opportunité d’une belle vitrine pour leurs produits: via des défis dans lesquels les utilisateurs doivent cuisiner avec tel ou tel ingrédient de la marque et le mettre en avant, ces marques trouvent une exposition auprès d’un public potentiel d’1 million de personnes intéressées par la gastronomie.

L'application Coco vous incite à partager des photos de vos plats
L’application Coco vous incite à partager des photos de vos plats © Coco Cooking

Évidemment, à 6 centimes environ la photo, on ne pourra pas faire fortune avec Coco, mais ce n’est de toute façon pas le but de l’application, selon son fondateur, Romain Sion:

“C’est sûr qu’on ne gagne pas un 13ème mois. Mais l’idée de gagner de l’argent en faisant quelque chose qu’on fait déjà tous au quotidien incite tout de même les gens à s’inscrire, et à rester. La cagnotte monte assez vite finalement,” explique-t-il à RMC Conso.

Avec, en toile de fond, la volonté d’exhorter les Français à cuisiner maison et à mieux manger:

“C’est une expérience sociale, développée avec des diététiciens, pour aider les gens à trouver de l’inspiration, s’entraîner les uns les autres à découvrir de nouvelles recettes… Et à terme on aimerait aussi donner des conseils aux utilisateurs pour équilibrer leurs assiettes,” détaille Romain Sion.

Inciter les gens à marcher

Cette tendance qui consiste à faire gagner de l’argent sans action particulière, si ce n’est celle de réaliser des tâches du quotidien, est plutôt récente. L’application WeWard, créée en 2019 et qui récompense la simple action de marcher, fait office de précurseur. Depuis, plusieurs concurrents ont adopté le même créneau.

Chaque pas permet de cumuler des points, là aussi convertibles en argent, ou en bons d’achat. Selon les calculs de RMC Conso, à un rythme de 10.000 pas par jour, il faut une bonne année d’utilisation avant d’espérer récolter 20 euros. Yves Benchimol, co-fondateur de WeWard contacté par RMC Conso, évoque lui un chiffre allant de 60 à 100 euros de gain par an en moyenne:

“On met en place des défis qui permettent de cumuler plus de points d’un coup, par exemple faire 10.000 pas par jour pendant 7 jours d’affilée, il y a aussi des ‘levels’ à passer,” avance-t-il, ce qui permet, selon lui, d’obtenir bien plus que le “ward” (la monnaie virtuelle utilisée) de récompense tous les 1000 pas.

Toutefois, pour convertir les pas enregistrés par le podomètre de notre téléphone en monnaie virtuelle, il faut se connecter à l’application tous les jours.

Publicité et partenariats

Et, au passage, accepter de recevoir sur son écran des publicités ciblées, puisque ce sont sur elles que repose le modèle économique de WeWard. Ainsi que sur un système de partenariats avec des marques et de liens affiliés: chaque fois qu’un utilisateur fait un achat en passant par WeWard, l’application est rémunérée.

Même si ce modèle est contestable car nous pousse à la consommation, l’essence de WeWard est d’inciter les Français à bouger plus, selon son co-fondateur.

“Les utilisateurs de WeWard augmentent leur temps de marche de 25% en moyenne. Plus de 10% des Français s’y sont mis,” assure-t-il.

WeWard est désormais présente dans neuf pays. C’est au Japon qu’elle compte désormais lutter contre la sédentarité.

Carte-cadeau contre déchets ramassés

D’autres applications se sont inspirées de cette notion de “gamification“, c’est-à-dire le fait d’introduire certains mécanismes de jeu dans des actions a priori peu amusantes, et de récompense, à l’instar de WeKlean, qui offre des bons d’achat en l’échange de quelques heures consacrées au ramassage des déchets.

Opération nettoyage des déchets avec WeKlean
Opération nettoyage des déchets avec WeKlean © WeKlean

Via des opérations organisées à peu près toutes les trois semaines, 50 personnes se réunissent pour nettoyer un lieu donné pendant deux heures. À la clé, des bons d’achat de 5 à 20 euros.

“On n’offre pas de cash car on ne veut pas que ce soit perçu comme un travail qui donne lieu à une rémunération. C’est une action citoyenne récompensée par une carte-cadeau,” déclare le fondateur de WeKlean, Stéphane Saatdjian, joint par RMC Conso.

“On est payé par les collectivités ou par les acteurs de la propreté au sein des collectivités et on apporte une vraie solution de propreté, on a un réel impact.”

Vendre son temps ou ses données

Ces applications présentent au moins l’intérêt d’avoir une ambition vertueuse. D’autres ont véritablement démontré une intention de rémunérer l’inaction. À moins que l’on considère que passer plusieurs heures sur son téléphone à regarder des vidéos sur Tiktok est une action à part entière: le géant chinois a en effet voulu instaurer en France, au mois de mars, la possibilité d’être payé pour simplement visionner les contenus de la plateforme. Face à la polémique, il a dû revenir en arrière.

Tout comme l’autre géant chinois Temu, qui avait proposé en avril 100 euros de bons d’achats en l’échange de la possibilité d’utiliser à vie les noms et photos des volontaires. Une manière de nous rappeler que nos données personnelles valent de l’or.



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