Qui est François Burgat, l’islamologue mis en cause pour « apologie du terrorisme » ?



Après la députée insoumise Mathilde Panot ou l’humoriste Guillaume Meurice, c’est au tour d’une autre figure publique, le chercheur François Burgat d’être convoqué par la police dans le cadre d’une procédure pour « apologie du terrorisme ». Ce mardi 9 juillet, l’ancien directeur de recherche au CNRS, connu pour ses travaux sur l’islamisme autant que pour ses prises de position controversées sur X, a passé huit heures en garde à vue au commissariat d’Aix-en-Provence, « le temps de son audition relative à des tweets postés sur un réseau social », indique Jean-Luc Blachon, le procureur de la République d’Aix-en-Provence. Cette convocation ferait suite à une plainte déposée par l’Organisation juive européenne (OJE), d’après nos confrères de Libération.

Début janvier, François Burgat, fervent militant pro palestinien, avait retweeté un communiqué de presse du Hamas, puis s’était justifié, dans un autre message posté sur X, en affirmant avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ».

Dans les années 1980, le chercheur de 76 ans, qui maîtrise la langue arabe, a été l’un des premiers à s’intéresser à l’islamisme, aux côtés de Gilles Keppel, Olivier Carré, Jean-François Clément ou Olivier Roy. Bien que ses thèses ne fassent pas l’unanimité, la qualité de ses travaux est reconnue par ses pairs. « François Burgat a une véritable connaissance du terrain, met en avant Franck Rivesi, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’organisation de l’islam en France. Contrairement à d’autres chercheurs, il ne s’est pas contenté de sauts de puces, mais a fait des séjours de longue durée dans plusieurs sociétés du Maghreb et du Proche-Orient pour recueillir la parole directe des acteurs. »

Avec Gilles Keppel et Olivier Roy, François Burgat contribue à structurer les recherches en sciences sociales sur l’islam, mais leurs thèses deviennent irréconciliables après les attentats de 2015. « Pour expliquer les attaques djihadistes, Keppel pointe un continuum entre une vision rigoriste de l’islam et le passage à l’acte violent (« radicalisation de l’islam »), tandis qu’Olivier Roy estime que ceux qui passent à l’action violente au nom de l’islam aujourd’hui sont ceux qui l’auraient fait au nom de l’extrême gauche hier ( « islamisation de la radicalité »). De son côté, François Burgat a une lecture plus politique, et estime que les ressources religieuses ne sont pas décisives. Pour lui, le passage à l’acte violent djihadiste est le retour de flamme post-colonial, après les relations de domination entretenues par l’Occident à l’égard des pays arabes », souligne Haoues Seniguer, maître de conférences à Science Po Lyon et spécialiste des rapports entre islam et politique.

Un habitué des polémiques

D’autres universitaires pointent régulièrement le manque de distance de François Burgat vis-à-vis de son objet d’étude, mais ce sont surtout ses déclarations publiques personnelles qui le placent sous le feu des critiques. « Médiatiquement, c’est un islamologue très polémique, accusé d’antisémitisme », souligne Mihaela-Alexandra Tudor, professeure des universités à l’université Paul-Valéry à Montpellier. La spécialiste des liens entre médias, religion et politique cite comme exemple un message posté par François Burgat sur Facebook en 2014, au moment de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, où il appelait à une « séparation » du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et de l’État.

Plus récemment, le chercheur a été mis en cause pour sa proximité avec la mouvance des Frères musulman dans l’ouvrage de Florence Bergeaud-Blackler, Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête (Éditions Odile Jacob, janvier 2023), préfacé par Gilles Keppel. Si, pour Mihaela-Alexandra Tudor, cet ouvrage est un « travail de recherche tout à fait respectable », pour Haoues Seniguer, les accusations de frérisme ciblant François Burgat n’ont pas lieu d’être, parce que cette enquête n’est « pas fondée empiriquement ».

Qu’ils adhèrent, ou pas, aux thèses du chercheur, la convocation de François Burgat dans le cadre d’une procédure pour « apologie du terrorisme » inquiète certains de ses confrères, pour qui cette garde à vue ferait planer la menace d’une restriction de la liberté d’expression des chercheurs.



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