Taïwan – Chine : six dates pour comprendre l’escalade des tensions depuis 2022


La Chine a accusé ce vendredi le nouveau président taïwanais Lai Ching-te de pousser l’île autonome vers “la guerre”.
Depuis deux ans, la brouille ne cesse de prendre de l’ampleur entre l’île autonome et le pouvoir central.
Voici les principales dates de cet antagonisme.

La tension monte encore d’un cran entre la Chine et Taïwan, au deuxième jour de manoeuvres militaires d’ampleur, baptisées “Joint Sword-2024A”.  La Chine a accusé ce vendredi le nouveau président taïwanais Lai Ching-te de pousser l’île autonome vers “la guerre” et menacé de réagir toujours plus fort jusqu’à “la réunification complète de la patrie”. Depuis sa prise de fonctions (lundi 20 mai), le dirigeant de la région de Taïwan a sérieusement remis en question le principe d’une seule Chine (…), ce qui pousse nos compatriotes de Taïwan dans une situation périlleuse de guerre et de danger”, a déclaré Wu Qian, porte-parole du ministère, dans un communiqué. Le ministère de la Défense de Taïwan a affirmé ce vendredi que 62 avions chinois avaient été détectés autour de l’île dont Pékin revendique la souveraineté.

De son côté, Taïwan “défendra les valeurs de liberté et de démocratie”, a affirmé jeudi 23 mai le président Lai Ching-te. Depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, les relations entre Taipei et Pékin ont connu des crises à répétition entrecoupées de périodes de détente. La crise autour de cette île stratégique et symbolique pour la Chine connaît un regain depuis deux ans. 

2 août 2022 : la visite de Pelosi met le feu aux poudres

Le 2 août 2022, l’élue démocrate Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, atterrit à Taïwan dans le cadre d’une tournée asiatique. Furieux, Pékin déclenche en représailles des manœuvres militaires de grande ampleur autour de l’île. Taïwan est encerclé le 4 août par des avions de chasse et des navires de guerre, et des tirs de missiles sont effectués pendant une semaine.

Taipei répond par ses propres exercices et, dans les semaines qui suivent, les Etats-Unis envoient des navires de guerre dans le détroit. Ils annoncent également de nouveaux programmes d’aide militaire à l’île. Un total de 446 avions de guerre pénètrent dans la zone de défense aérienne de Taïwan durant le mois d’août, un record mensuel, selon le ministère taïwanais de la Défense.

8 avril 2023 : une simulation de frappes ciblées

En avril 2023, à l’occasion d’un déplacement en Amérique du sud, la présidente Tsai Ing-wen fait escale aux Etats-Unis à deux reprises, à l’aller puis au retour. Elle rencontre le nouveau président de la Chambre des Représentants, Kevin McCarthy, à Los Angeles, le 5 avril. Le 8 avril, au lendemain du retour de Tsai Ing-wen à Taipei, Pékin annonce trois jours d’exercices militaires. L’armée chinoise simule des frappes ciblées sur Taïwan et l’encerclement de l’île, et les médias d’Etat rapportent que des dizaines d’avions s’entraînent à un “blocus aérien”. L’un des deux porte-avions chinois, le Shandong, participe à ces manœuvres, suivies du lancement depuis le nord-ouest de la Chine d’une fusée dont les débris tombent en mer, au nord de Taïwan. Par ailleurs, toujours en avril 2023, un appareil militaire chinois – un drone de combat à longue portée TB-001 – effectue pour la première fois un tour complet de l’île.

29 août 2023 : 24 appareils de guerre chinois détectés

Des exercices militaires chinois d’ampleur autour de Taïwan surviennent en août 2023. Le 29 août, Taïwan exhorte la Chine à cesser son “harcèlement militaire”, en affirmant que 24 appareils de guerre chinois ont été détectés près de l’île. Selon le ministère de la Défense de Taïwan, il s’agit d’avions de combat, de bombardiers, de drones, ainsi que cinq navires de guerre. Un peu plus tôt, le 26 août, le ministère de la Défense de Taïwan déclare avoir détecté, au cours des 24 heures précédentes, 32 avions et neuf navires de guerre chinois autour de l’île. Pékin organise également des exercices militaires au début du mois d’août après le retour d’une visite au Paraguay de Lai Ching-te, alors vice-président taïwanais, comprenant deux escales américaines. Un record de 103 appareils chinois détectés en 24 heures est enregistré par Taipei entre les 17 et 18 septembre 2023. 

8 décembre 2023 : le survol de ballons chinois

En décembre 2023, peu avant l’élection présidentielle de janvier 2024, le ministère taïwanais de la Défense commence à détecter régulièrement des ballons chinois dérivant autour de Taïwan. Le 8 décembre, le ministère affirme qu’un ballon chinois a franchi la ligne médiane du détroit de Taïwan, la ligne qui coupe en deux ce détroit de 180 km de large entre l’île et la Chine continentale. Si des avions et des navires de guerre chinois sont régulièrement détectés autour de l’île par les autorités taïwanaises, la présence d’un ballon chinois est alors inhabituelle. 

Taipei commence par décrire les objets comme des ballons météorologiques, mais les qualifie ensuite de menaces pour la sécurité aérienne et d’acte de guerre psychologique visant à “affecter le moral de notre peuple”. Un record de huit ballons chinois est ensuite détecté sur une période de 24 heures en février 2024, dont cinq directement au-dessus de Taïwan.

15 mai 2024 : 45 avions chinois détectés

Le 15 mai 2024, à moins d’une semaine de la prise de fonctions du nouveau président Lai Ching-te, Taïwan détecte 45 avions chinois autour de l’île. Sur ces 45 appareils, “26 ont franchi la ligne médiane du détroit de Taïwan”, indique le ministère de la Défense dans un communiqué. Il s’agit du nombre le plus élevé d’avions chinois détectés autour de Taïwan, sur une période de 24 heures, cette année. Jeudi 23 mai, le ministère de la Défense de Taïwan annonce avoir cette fois détecté 49 avions chinois dans le cadre des manoeuvres militaires de Pékin.

21 mai 2024 : Pékin menace Taïwan de “représailles”

Mardi 21 mai, la Chine qualifie le discours d’investiture de Lai Ching-te d’“aveu de l’indépendance de Taïwan” et le menace de “représailles”. Ce discours “peut être décrit comme un véritable aveu de l’indépendance de Taïwan”, selon un communiqué du bureau chinois des affaires taïwanaises.

 Lai Ching-te a promis de défendre la démocratie face aux menaces chinoises et a appelé la Chine à “cesser ses intimidations politiques et militaires“. Il a aussi évoqué de manière directe le risque de guerre après des années d’une pression croissante exercée par la Chine pour que Taïwan passe sous son contrôle. Les séparatistes taïwanais “seront cloués au pilori de la honte pour l’histoire”, a commenté mardi le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.


JC avec AFP



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