Un naturopathe promoteur du jeûne mis en examen pour « homicide involontaire »


Capture d’écran d’une vidéo diffusée sur la chaîne YouTube d’Eric Gandon, dans laquelle le naturopathe se met en scène, en mars 2017.

Il vantait, dans des vidéos aux centaines de milliers de vues, les bienfaits de la privation de nourriture pour traiter hypertension, fibromyalgie ou même cancers. L’une des figures de la pratique du jeûne intensif, Eric Gandon, un naturopathe de 58 ans, a été mis en examen jeudi, à l’issue de sa garde à vue, par le parquet de Tours. Il est mis en cause pour « homicide involontaire », « mise en danger de la vie d’autrui », « abus de faiblesse » et « exercice illégal des professions de médecin et de pharmacien ». Son fils Jérémy, qui travaille avec lui, est également poursuivi. M. Gandon a été écroué, son fils placé sous contrôle judiciaire. Tous deux contestent les faits qui leur sont reprochés. Contactés par Le Monde, ils n’avaient pas répondu, vendredi.

Le 12 août 2021, une enquête préliminaire était ouverte après le décès d’une femme de 44 ans lors d’un stage de jeûne organisé par M. Gandon dans un château de Noyant-de-Touraine (Indre-et-Loire), entraînant l’ouverture d’une enquête préliminaire. Le naturopathe avait, à l’époque, exclu tout lien avec la pratique du jeûne. Et proposé, dans un entretien au quotidien régional La Nouvelle République, une tout autre théorie : « Entre nous, c’est très suspect, elle venait d’être vaccinée contre le Covid-19. »

Sur les réseaux sociaux, Eric Gandon ne cachait pas son hostilité à la vaccination et relayait une bonne partie des discours conspirationnistes autour de la pandémie de Covid-19. Malgré ce décès, il avait poursuivi ses stages jusqu’à ce qu’un arrêté de la préfecture d’Indre-et-Loire en interdise la tenue, fin août 2021.

Lire aussi l’enquête : Article réservé à nos abonnés La difficile régulation des thérapies « alternatives », comme la naturopathie

La mort de cette participante n’est pas le seul décès d’adeptes des cures de « jeûne hydrique » d’Eric Gandon. Comme le précise le procureur de Tours, Grégoire Dulin, dans un communiqué, deux autres plaintes concernent un ancien stagiaire de 60 ans, mort en 2020 en raison d’un cancer, un mois après une cure ; et une troisième ancienne participante, décédée en mars 2022, là encore à la suite d’un cancer, pour lequel elle était en « rupture de traitement ».

Une activité lucrative

Sur sa chaîne YouTube aux 72 000 abonnés, tout comme sur son site ou lors de ses conférences, Eric Gandon revendique sa longue pratique de l’encadrement de jeûnes et de la naturopathie, et assure avoir « accompagné plus de 4 000 personnes ». Il a, en réalité, fait l’essentiel de sa carrière dans un autre domaine que celui de la santé : selon son CV, disponible en ligne, il a dirigé plusieurs chaînes de magasins en France et au Royaume-Uni, avant de se lancer en 2008 dans le coaching, la naturothérapie et la radiesthésie, après avoir eu la « révélation » des bienfaits du jeûne pour soigner ses propres soucis de santé.

Il vous reste 49.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lien des sources