Vous reprendrez bien un peu de John Cale et de Joni Mitchell


LE NUC PLUS ULTRA – Au programme cette semaine, la nouvelle production du Gallois John Cale et une rétrospective du meilleur de la Canadienne Joni Mitchell.

John Cale, Poptical Illusion (Domino)

À 82 ans, John Cale bat le fer tant qu’il est chaud. Membre fondateur du Velvet Underground avec Lou Reed dans les années 1960, le Gallois le plus célèbre de la scène rock sort un nouvel album, 18 mois seulement après l’excellent Mercy. Depuis qu’il a été limogé de son groupe en 1968, Cale mène une des carrières solo les plus aventureuses de son époque : de Paris 1919 à Words For The Dying, en passant par Fear ou Music for a New Society, il a signé plus de chefs-d’œuvre que son ancien frère ennemi Lou Reed. Cette nouvelle production est le résultat de sa créativité exacerbée pendant le confinement: il y aurait écrit 80 chansons nouvelles ! Si Mercy posait un constat assez sombre sur notre époque, Poptical Illusion en offre un contrepoint.

Naviguant entre boucles hip-hop, sons électroniques et bruitages divers, Poptical Illusion est un disque bien dans son époque, pas du tout celui d’un ancien tenant absolument à être dans le coup. Ancien disciple de John Cage, pianiste, altiste et bassiste redoutable, Cale est un songwriter de premier ordre et un chanteur puissant. Après avoir consacré beaucoup de temps à la musique des autres en qualité de réalisateur, et aussi composé de nombreuses musiques de films, il est réjouissant de l’entendre aussi libre que sur ce disque totalement affranchi. Cale ne répète aucune formule connue et ne dispense aucune nostalgie sur cet album totalement enthousiasmant et réjouissant. Il fait partie de ceux qui prouvent que l’on peut vieillir très gracieusement en évoluant dans le champ de la pop.

Joni Mitchell, The Asylum Albums (1976-1980), Rhino/Warner

Cette nouvelle rétrospective de la carrière de la Canadienne Joni Mitchell se concentre sur la période la plus créative d’une carrière musicale amorcée en Californie en 1968. Après sa tournée de 1975, et la fin d’une séquence ponctuée par des tubes, la jeune femme s’était installée dans la maison de son ami Neil Young pour réfléchir à une impulsion nouvelle. C’est finalement en repartant seule sur la route après une rupture sentimentale qu’elle explorera une nouvelle forme d’écriture. Le premier résultat de cette métamorphose est tout simplement un des meilleurs disques jamais enregistrés de l’histoire: le sublime Hejira. Spectral et hanté, ce road movie musical la voit rompre définitivement avec le folk pour emprunter un sentier inédit, en compagnie de virtuoses comme Jaco Pastorius (basse) et Larry Carlton (guitare). Avec de superbes textes autobiographiques, Hejira constitue le chef-d’œuvre de la dame.

La suite n’est pas moins passionnante: sur l’expérimental Don Juan’s Reckless Daughter, Mitchell laisse libre cours à une expérimentation débridée, qui fera de ce disque le favori de jeunes musiciens comme Björk ou Prince. Avec Mingus, en 1979, la chanteuse plonge dans le jazz. Enregistré quelques mois avant la disparition du contrebassiste et compositeur, l’album est un fabuleux point de rencontre entre deux personnalités de génération et de culture différentes. Pour compléter ce coffret dont les notes de pochette ont été rédigées par l’admiratrice Meryl Streep, l’album live Shadows and Light a été inclus. On y entend la musicienne accompagnée d’un orchestre jazz fantastique. Joni Mitchell enregistrera et composera encore longtemps après cette période, mais celle-ci reste le sommet incontestable d’un parcours épatant.


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