80e anniversaire de la Libération : le Musée de la Résistance de l’Aube, c’est toute une histoire !


Un petit peu moins d’un millier d’habitants, à deux pas du vignoble, des forêts et de la Côte-d’Or : bienvenue à Mussy-sur-Seine, petite cité de caractère au passé médiéval mouvementé, ses vestiges de remparts, sa collégiale du XIIIe siècle… et, plus récemment, son passé résistant illustré par le maquis des Forces Françaises de l’Intérieur créé clandestinement en juin 1944 dans le massif forestier de Mussy-Grancey.

« On l’appelle le maquis Montcalm, du nom de guerre de son chef, le colonel Emile Alagiraude, un militaire de carrière. La forêt très dense permettait une installation plutôt discrète au départ », précise Sarah Hacquart, responsable du service des publics au Musée de la Résistance de l’Aube. A l’occasion du 80e anniversaire de la Libération, le musée de la Résistance entend bien faire vivre tous ces souvenirs en multipliant les évènements, à commencer par la Nuit des Musées ce samedi 18 mai.

Le 2 août 1944, le site qui accueillait alors 1200 maquisards, fut attaqué par les allemands après avoir été repéré par la Gestapo. Prévenus par un agent de liaison, venu de Bar-sur-Aube à bicyclette, les résistant furent heureusement en mesure de se défendre. « Ce vélo est actuellement au Musée de la Résistance de l’Aube, car la famille du propriétaire nous en a fait don », se félicite Sarah.

Le combat fut héroïque. Peu expérimentés, les Français ont vaillamment tenu le choc face à des ennemis six fois plus nombreux, perdant finalement une cinquantaine d’hommes malgré la supériorité numérique et matérielle des allemands. « Ils ont joué le rôle que le général de Gaulle et Jean Moulin avaient demandé aux résistants : ralentir et affaiblir l’armée allemande », rappelle la guide-conférencière.

« Le maquis s’est dispersé le 3 août sur ordre d’Emile Alagiraude pour ne pas avoir à faire face aux renforts allemands attendus. Ils se sont remis en route le 19 août pour accompagner les Alliés dans la Libération de l’Aube, et notamment de Troyes, à partir du 25 août. » Une belle histoire que les résistants eux même ont voulu partager à travers un tout petit musée créé au cœur du village de Mussy en 1971.

Ce musée lui-même a une histoire : les conditions de conservation sont vite devenues totalement inadaptées pour préserver les précieux souvenirs de cette période. « Et ce musée rayonnait beaucoup moins que ce que l’histoire de ces maquisards méritaient », reconnaît Sarah Hacquart. Grâce au don de la maison d’un particulier juste à côté du site, un agrandissement et une rénovation complète ont pu être envisagés autour d’un vrai projet scientifique et culturel. Un travail de longue haleine qui a abouti en 2022.

« Il fallait conserver l’esprit que les résistants avaient voulu insuffler à ce musée, tout en le rendant plus moderne et accessible. » Le parcours a donc été repensé sur trois salles différentes aux thématiques bien identifiées : l’entrée en guerre et l’engagement dans la résistance, la vie dans le maquis, et les conséquences de l’engagement dans la résistance pour les soldats eux même et les populations.

Outre le fameux vélo, de précieux témoignages de l’époque subsistent dans ces lieux, comme les croix gammées qui avaient remplacé, à l’époque, les drapeaux tricolores, les sacs de réquisition à l’origine des rationnements, « car les conditions d’armistice nous obligeaient à subvenir aux besoins de l’armée allemande à hauteur de 15% environ de nos productions », explique Sarah.

Sans oublier la tenue du résistant aubois Hubert Danesini, décédé en 2019 à l’âge de 102 ans, et qui a régulièrement témoigné dans les écoles, les cérémonies commémoratives ou encore dans la presse de son engagement de l’époque. Point d’orgue marquant de la visite, les poteaux d’exécution de Creney, sur lesquels ont été tués quatre résistants aubois en février 1944.

Un bal de la Libération le 31 août

En cette année de 80e anniversaire de la Libération, le musée a innové. « On a en notre possession les dessins d’Hubert Prillieux, un résistant aubois du maquis de Rigny-la-Nonneuse, qui a été enfermé plusieurs semaines dans l’ancienne prison de la rue Hennequin à Troyes », glisse Sarah Hacquart. Fusillé à Creney, cet artiste dans l’âme avait beaucoup dessiné durant sa détention, en imaginant sa vie future avec son épouse dans plusieurs pays du monde.

« On a préparé une vidéo où nos voix racontent ce qu’Hubert Prillieux pouvait avoir dans la tête au moment où il dessinait », précise la guide. D’autres évènements sont attendus au cours de cette année pas comme les autres, notamment un bal de la Libération avec drapeaux tricolores, tenues et musique d’époque le 31 août prochain. Un bel hommage qui devrait attirer de nombreux visiteurs.



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