Avez-vous vu Randy, le grand dauphin qui multiplie les apparitions sur les côtes du Finistère ?


Depuis quelques années, quand arrivent les beaux jours, on le retrouve de manière aléatoire dans les ports finistériens du Rosmeur et Tréboul, à Douarnenez, mais aussi dans ceux d’Audierne, du Guilvinec, de Ouessant et, surtout, dans le port de Brest, où chacune de ses apparitions attire un large public sur le ponton de La Recouvrance. C’est d’ailleurs contre l’un des cordages de ce vieux gréement emblématique, qui sera l’une des vedettes des prochaines Fêtes maritimes de Brest (du 12 au 17 juillet) que Randy, le grand dauphin, cherche régulièrement à se faire gratter le dos.

Nombreux sont ceux qui se prêtent au jeu, comme Gilbert, 67 ans, venu se balader en ce début juin 2024 sur les quais de la cité du Ponant, avec ses petits-enfants. « Depuis deux ans, on le cherche régulièrement, en cette saison, glisse le retraité. On espère toujours le voir ici ou, un peu plus loin, du côté du Kermorvan, le bateau de la douane. Car oui, il aime aussi les douaniers ! »

Des dauphins pas communs

Randy visite régulièrement La Recouvrance, amarrée au port de Brest. Il s'y frotte au cordage qui relie le navire au ponton, et apprécie quand les humains aux alentours lui donnent un coup de main, en lui grattant le dos avec ce bout. /LP/Nora Moreau
Randy visite régulièrement La Recouvrance, amarrée au port de Brest. Il s’y frotte au cordage qui relie le navire au ponton, et apprécie quand les humains aux alentours lui donnent un coup de main, en lui grattant le dos avec ce bout. /LP/Nora Moreau

Randy, comme le surnomment donc les Finistériens, est un grand dauphin – et non un dauphin commun, bien plus petit, que l’on voit plus au large, et par bancs. Avec ses 3,50m de long, du rostre (bien plus court que celui de son cousin) à la queue, et ses 300 kg, ce mammifère marin, aussi adulé que les phoques gris sur les côtes finistériennes, peut aussi être solitaire et adore la compagnie des bipèdes.

« Randy n’est évidemment pas le seul grand dauphin dans le secteur. Mais c’est effectivement le solitaire que l’on va voir le plus souvent depuis les quais », précise avec un sourire Sami Hassani, directeur de l’Association pour la conservation des mammifères et oiseaux marins de Bretagne (ACMOM) et chef du service des mammifères marins d’Océanopolis. « On les reconnaît généralement grâce à des marques précises sur le corps. Randy a le dessous du rostre blanc et une entaille sur la nageoire dorsale, par exemple. »

Ces quarante dernières années, au moins trois autres grands dauphins se sont fait remarquer par cette capacité à revenir fréquenter très régulièrement une même zone géographique, et sont donc devenus de véritables mascottes du littoral. « Chacun a eu le droit à son petit nom, poursuit Sami Hassani. Il y a eu Jean-Louis (NDLR : qui était en fait une femelle), observée de 1976 à 1988. Puis il y a eu Jean-Floc’h, qui a fini par partir du côté de la Galice, où il aurait été abattu… »

Puis il y a eu Zafar, un jeune « en pleine maturité sexuelle », qui avait défrayé la chronique en 2018. À Landévennec, à l’entrée de la presqu’île de Crozon, ce joyeux frotteur avait tout de même été à l’origine le premier arrêté municipal en France d’interdiction de baignade pour cause de dauphin en rut !

Un mammifère solitaire, mais très sociable

Et donc Randy. « C’est l’un des plus anciens. Il a été observé en 2003 pour la première fois. » Ce vieux monsieur de la mer d’Iroise avoisinerait aujourd’hui les 35 ans. Un âge canonique pour les grands dauphins, qui peuvent généralement vivre jusqu’à 40 printemps, même si un record a été constaté à près de 60 ans.

« Le grand dauphin est une espèce très largement répartie dans le monde, précise Sami Hassani. On les retrouve aussi bien dans les eaux chaudes que froides et tempérées, comme ici. » Seule exception : les pôles. « Il y a deux écotypes de groupes : un pélagique, qui évolue au large, et un côtier résident, comme le groupe qui vit ici, chez nous, dans l’archipel de Molène et à l’île de Sein. »

Mais qu’est-ce qui pousse ces grandes bêtes à parfois se séparer de leurs congénères et à devenir des dauphins solitaires ? « Dans certains cas, c’est un individu qui a perdu son groupe et qui a trouvé de la compagnie, qu’il recherche toujours activement, auprès des humains. Parfois, il peut s’agir d’un trouble du comportement qui mène à son exclusion… Il va donc chercher le contact ailleurs et compense avec la présence de l’homme. Pour Randy, on a des signalements de sa présence tout au long de l’année, mais, avec toutes les activités nautiques de l’été, on va profiter de sa compagnie pendant plusieurs mois ! »

S’il apprécie la simple compagnie de l’homme, Randy préfère tout de même quand les bipèdes utilisent leurs mains pour procéder à l’étrange rituel du grattage, qui s’effectue à l’aide d’un bout, un cordage frotté contre le dos ou le ventre du dauphin. Pour le mammifère marin, qui recherche le contact physique, habituel au sein de son groupe, c’est un moyen de se « désquamer », c’est-à-dire tout simplement de soigner sa peau. « Mais, pour autant, on ne doit pas le toucher de ses propres mains, le nourrir ou chercher à nager avec lui », rappelle Sami Hassani. « C’est un animal sauvage et une espèce protégée. »

Une page Facebook participative Randy/Dony le dauphin permet de suivre les déplacements de Randy, mais aussi de retrouver des photos et des vidéos de ses apparitions.



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