La statue Voltaire retrouve son socle à Paris quatre ans plus tard : « Une forme de résurrection »


Les amis de Voltaire ont retrouvé leur voisin. Quatre années après son départ du square Honoré-Champion, cette parcelle de verdure située dans le VIe arrondissement de Paris, le philosophe des Lumières triomphe à nouveau dans son petit parc, à deux pas de l’Académie française. Retirée après de multiples dégradations subies entre 2018 et 2020, la statue de l’écrivain a été réinstallée sur son socle. La fin d’un long feuilleton.

« 250 ans après sa mort, il continue de déranger. Une poignée d’imbéciles heurtés avaient projeté de la peinture rose et orange sur la statue de l’auteur du Traité sur la Tolérance », rembobine Jean-Pierre Lecoq, maire (LR) du VIe arrondissement, ce mardi lors d’une (nouvelle) inauguration.

En effet, la précédente réplique, trop abîmée par ces dégradations et son exposition aux intempéries, a servi de modèle à la conception d’une nouvelle statue. « Une forme de résurrection », décrit l’édile.

Une statue en résine marbre

Le monument est fait « de résine marbre, type Versailles », explique Béatrice Salmon, directrice du Centre national des arts plastiques (Cnap), l’un des opérateurs de la politique du ministère de la Culture. « Il y a plus de marbre, c’est un gage de qualité réelle, de résistance au temps, ça garantit la durabilité. » Le précédent, en pierre, n’avait pas supporté les faits de vandalisme, son nez avait même été cassé.

Une première statue de Voltaire, en bronze, a été érigée dans le quartier à la fin du XIXe siècle, en 1885 pour commémorer le centenaire de sa mort. Avant d’être détruite, fondue sous l’Occupation allemande. « En 1945, l’État français a souhaité remplacer le monument. Une commande est alors passée au sculpteur Léon-Ernest Drivier, rappelle Béatrice Salmon. La statue de pierre trouve en 1960 son emplacement actuel. »

C’est donc une deuxième réplique qui prend place quand le square, en ce printemps 2024. Le philosophe apparaît toujours debout, avec ses habits d’époque et un livre à la main. « La précédente, en pierre, a été restaurée rapidement après son retrait en août 2020 – celle-ci se trouve toujours dans les ateliers du Louvre -, raconte Karen Taïeb, adjointe (app. PS) d’Anne Hidalgo en charge du patrimoine. Puis la décision a été prise d’en réaliser une copie. »

L’élue ajoute par ailleurs qu’honorer Voltaire « ne veut pas dire être en accord sur toute la ligne » avec ses actes mais reconnaître « son héritage littéraire, sa richesse artistique ». Voltaire est attaqué à cause de sa fortune constituée en partie grâce au commerce avec les colonies françaises.

En 2022, Hélène Carrère d’Encausse, première femme à occuper le poste de secrétaire perpétuelle de l’Académie française, condamnait « cette politique systématique de dégommer les statues » dont certaines jugent « une personnalité du XVIIIe siècle avec des yeux d’aujourd’hui ». Des propos rapportés par Jean-Pierre Lecoq. Une pétition pour le retour de la statue avait alors rassemblé près de 5 000 signatures.





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