Le personnel de la maternité des Lilas, toujours menacée de fermeture, maintient la pression


« C’est une agonie et cela dure depuis des années. » Camille, fatiguée par une nuit de garde, parle sans filtre. La jeune sage-femme, qui travaille à la maternité des Lilas, a quand même trouvé de l’énergie pour participer au rassemblement qui s’est tenu, ce samedi après-midi, devant l’hôtel de ville de la commune. « C’est chouette, cette mobilisation, on retrouve d’anciennes patientes et on voit que les soignants sont toujours mobilisés », commente-t-elle, ciré imprimé sur le dos, en regardant les dizaines de manifestants qui s’attardent sur le parvis.

Alors qu’une nouvelle réunion sur l’avenir de la maternité des Lilas doit se tenir ce mercredi dans les locaux de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, une « déambulation revendicative » a été organisée dans le cadre du Tour de France de la santé. Cette marche a mené le cortège devant les hôpitaux parisiens de Tenon (XXe) et Robert-Debré (XIXe) mais aux Lilas, la lutte locale s’ajoute aux inquiétudes partagées sur l’avenir de l’hôpital public et son manque de moyens. Cela fait plus de dix ans que la petite maternité, lieu emblématique de la lutte pour les droits des femmes aujourd’hui lesté de lourds problèmes financiers, se bat pour sa survie.

« L’ARS nous propose des choses qui ne sont pas en accord avec ce qu’on veut, martèle Camille. On nous fait travailler sur des projets mais sans moyens ni locaux. C’est un peu agonisant et ça devient maltraitant de nous faire miroiter un hypothétique projet qui ne se fait pas. »

« Ici, il y a une éthique du soin qui me parle, on tutoie les patients »

Un rapprochement entre la maternité des Lilas et la clinique Vauban, à Livry-Gargan, a un temps été étudié avant d’être abandonné à l’automne 2022. Le second établissement a depuis fermé ses portes. C’est désormais l’hypothèse d’un rapprochement avec l’hôpital André-Grégoire de Montreuil qui semble avoir la faveur des autorités.

« Quelles que soient les raisons de la fermeture, que je ne commente pas, la clinique Vauban, c’était près de 1 000 accouchements par an, rappelle la déléguée syndicale Sud Corinna Pallais, qui regarde avec méfiance le projet de rapprochement avec Montreuil. Si on disparaît, c’est encore 1 100 accouchements et 900 IVG qui ne se font plus. La stratégie, c’est d’obliger les patients à aller dans de grosses maternités, de niveau 3. On ne nous donne aucun mètre carré donc ce qu’on comprend, c’est qu’ils veulent juste récupérer le personnel. On demande la création d’une filière physiologique à Montreuil, sinon, aucune sage-femme n’ira. On préfère la mort des Lilas plutôt que d’être absorbés. »

« Ici, il y a une éthique du soin qui me parle, on tutoie les patients, on prend le temps avec chacun, ce qui est hyper précieux », décrit Alys, sage-femme depuis quatre ans et autant d’années passées aux Lilas. Elle y est d’ailleurs elle-même née. La jeune femme se félicite notamment que l’établissement ait accueilli plusieurs parents trans et que l’équipe ait été formée pour/ « On a des mères lesbiennes, on a des personnes trans qui ne le disent pas mais qui viennent ici par recommandation. » Si la maternité ferme, Alys envisage de poursuivre son travail en libéral ou au sein d’une petite équipe.

« Ce qui fait la spécificité des Lilas, c’est d’être une petite structure, estime aussi Camille. Il y a aussi un enjeu féministe, l’équipe a la même ligne d’ouverture. Dans une grosse structure, ce serait différent. On deviendrait des numéros. » Elle non plus n’envisage pas de poursuivre sa carrière à l’hôpital de Montreuil. « Quand on a connu une petite structure comme ici, c’est très dur de faire le pas inverse, de revenir à quelque chose de plus froid. »



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