Législatives : l’ex-député LFI Adrien Quatennens propose « une grande marche populaire » vers Matignon


Faire du bruit face au silence. Les élus du Nouveau Front populaire continuent de faire pression sur Emmanuel Macron, silencieux depuis le second tour des législatives. L’Insoumis Adrien Quatennens a proposé la tenue d’une « grande marche populaire en direction de Matignon ».

« Macron veut nous voler la victoire et manœuvre pour faire barrage à l’application du programme du Nouveau Front Populaire. Le seul souverain que la République connaisse, le peuple, doit le faire céder », a écrit mardi l’ancien député du Nord, qui a été contraint de ne pas se représenter, sur son compte X (ex-Twitter).

Ces propos ont déclenché la colère de Marine Le Pen. Elle a dénoncé une tentative de l’extrême gauche d’« imposer son programme alors qu’elle n’en a pas la légitimité électorale ». Il s’agit selon elle d’« appels inacceptables à l’insurrection » et d’un « climat de menaces et d’intimidations ». « C’est leur assaut du Capitole à eux, monsieur Macron doit assumer puisque c’est lui qui les a fait élire », a-t-elle renchéri ce mercredi matin depuis la cour de l’Assemblée nationale, en référence à l’envahissement du siège du Congrès américain en janvier 2021, par des partisans de Donald Trump qui contestaient les résultats de l’élection présidentielle.

Mardi en fin de journée, le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy y avait également vu un « appel au coup d’État sur Matignon ». « C’est le comportement d’une ligue dans les années 30, sauf qu’à l’époque c’étaient les ligues fascistes d’extrême droite, là maintenant ce sont les ligues fascistes d’extrême gauche », avait-il accusé sur BFMTV.

Manuel Bompard craint aussi de voir le « résultat des élections effacé »

Tôt ce mercredi matin, la direction de LFI a cherché à repréciser les choses. Invité sur LCI, le coordinateur de LFI Manuel Bompard a assuré que la proposition n’était pas « l’interprétation qu’on en donne ». « Oui, il doit y avoir les conditions d’une mobilisation populaire pour dire : non monsieur le président de la République, vous devez respecter le résultat des élections législatives », a-t-il conforté. Mais pour autant, « la France Insoumise n’appelle pas à une marche sur Matignon », a nuancé le député des Bouches-du-Rhône, tout en martelant que « le président de la République ne peut pas multiplier les manigances pour faire en sorte que le résultat des élections soit effacé ».

La veille, le député insoumis du Val-de-Marne Louis Boyard s’était quant à lui montré très enthousiaste quant à la proposition de son ancien collègue, assurant qu’il irait « évidemment » à cette marche si elle voyait le jour. « À partir du moment où le président de la République décide de continuer d’appliquer sa politique, alors que le peuple (…) dit non, c’est normal d’avoir une manifestation du peuple », a-t-il lancé sur BFMTV mardi soir.

« Complètement irresponsable »

À l’inverse, la proposition a agacé certains alliés des Insoumis au sein du Nouveau Front populaire. « Il n’a aucune légitimité, appeler à des marches est complètement irresponsable », a fustigé ce mercredi matin sur TF 1 la présidente PS de la région Occitanie Carole Delga sur TF 1. « Cela n’a aucun sens. Le pays n’a pas besoin de ça. (…) Qu’est-ce que c’est que cette manière de faire ? », avait aussi tancé mardi le maire divers gauche de Marseille Benoît Payan sur BFMTV.

Ce mercredi matin, plusieurs voix du camp présidentiel ont également vivement critiqué la proposition d’Adrien Quatennens. « C’est factieux, incontestablement, une marche sur Matignon », a tancé sur CNews et Europe 1 le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, estimant que le chef de file insoumis Jean-Luc Mélenchon, proche de l’ancien député, « met dans notre pays le gène de la division ».

Sa collègue ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes Aurore Bergé, a quant à elle aussi jugé sur France 2 ces propos « insupportable(s) ». « On ne marche pas sur Matignon, comme s’il fallait prendre le pouvoir par la force », s’est-elle irritée, estimant qu’« Adrien Quatennens n’a plus aucune légitimité pour s’exprimer ». Le président du MoDem François Bayrou a également fustigé sur BFMTV et RMC une « phrase factieuse », venant selon lui confirmer que LFI n’a « pas sa place » dans un futur gouvernement.

Les tractations se poursuivent

Cette polémique éclate peu de temps après que le Nouveau Front populaire (NFP), qui a obtenu 190 sièges à l’Assemblée nationale, a mis « solennellement » en garde Emmanuel Macron contre le maintien de Gabriel Attal à Matignon. Il lui reproche de « bloquer » la nomination d’un Premier ministre issu de ses rangs. La gauche poursuit ses tractations pour désigner un candidat ou une candidate, chaque bloc affirmant disposer du meilleur profil. Le chef du Parti socialiste Olivier Faure s’est dit « prêt à assumer » la fonction.

VidéoLe socialiste Olivier Faure se dit «prêt à assumer» la fonction de Premier ministre

Ailleurs, les ambitions ne manquent pas non plus. Le président LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand plaide pour un futur Premier ministre issu des Républicains L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, a, lui, suggéré une coalition « de LR à Renaissance ». Le RN, toujours sous le coup de la déception après le second tour, ne s’est pas prononcé et règle ses comptes en interne.

Emmanuel Macron doit partir ce mercredi matin aux États-Unis pour assister au sommet de l’Otan. Il doit revenir en France vendredi. L’entourage du président a fait savoir que le chef de l’État attendait la structuration de l’Assemblée nationale pour prendre une décision.





Lien des sources